Ivan Shishkin, Birch Grove

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Revision 2671

8/29/2026, 3:58:13 PM · Catalpa

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1##### Définition intuitive
2La signature mesure la parité d'une permutation : elle vaut $+1$ si on peut la réaliser par un
3nombre pair d'échanges de deux éléments, et $-1$ s'il en faut un nombre impair. Le fait
4remarquable, et nullement évident a priori, est que cette parité ne dépend pas de la manière
4remarquable, et nullement évident *a priori*, est que cette parité ne dépend pas de la manière
5dont on décompose la permutation : deux suites d'échanges menant au même résultat ont
6toujours des longueurs de même parité. On dispose ainsi d'un invariant à deux valeurs, le plus
7grossier possible, mais aussi le seul : c'est l'unique façon de mesurer une permutation par un
8signe multiplicatif. Cette dichotomie pair/impair sépare $\mathfrak{S}_n$ en deux moitiés, dont
9l'une, le groupe alterné, est un sous-groupe d'indice $2$. Elle explique le signe alterné dans
10le développement du déterminant, l'impossibilité de résoudre certaines configurations du jeu
11de taquin, et, via la simplicité de $\mathfrak{A}_n$ pour $n\geqslant 5$, l'insolubilité par
12radicaux des équations de degré $\geqslant 5$.
13
14##### Définition formelle
15Soit $n\geqslant 1$ et $\sigma\in\mathfrak{S}_n$. On appelle *inversion* de $\sigma$ tout couple
16$(i,j)$ avec $i<j$ et $\sigma(i)>\sigma(j)$, et l'on note $I(\sigma)$ leur nombre. La
17*signature* de $\sigma$ est
18$$\varepsilon(\sigma)=(-1)^{I(\sigma)}=\prod_{1\leqslant i<j\leqslant n}\frac{\sigma(j)-\sigma(i)}{j-i}\ \in\{-1,+1\}.$$
19
20L'application $\varepsilon:\mathfrak{S}_n\to(\{\pm1\},\times)$ est un morphisme de groupes,
21surjectif dès que $n\geqslant 2$, et c'est alors l'unique morphisme non trivial de
22$\mathfrak{S}_n$ vers $\{\pm 1\}$. Son noyau est le *groupe alterné*
23$$\mathfrak{A}_n=\ker\varepsilon,\qquad [\mathfrak{S}_n:\mathfrak{A}_n]=2,\qquad
24|\mathfrak{A}_n|=\frac{n!}{2}.$$
25
26Trois caractérisations équivalentes, souvent plus commodes que la définition :
27$$\varepsilon(\tau)=-1 \text{ pour toute transposition }\tau;
28\varepsilon(\sigma)=(-1)^{\ell-1}\text{ pour un cycle de longueur }\ell;
29\varepsilon(\sigma)=(-1)^{\,n-c(\sigma)},$$
30où $c(\sigma)$ désigne le nombre d'orbites de $\sigma$ dans $\{1,\dots,n\}$, points fixes
31compris. En particulier, si $\sigma$ est produit de $k$ transpositions, alors
32$\varepsilon(\sigma)=(-1)^{k}$ : la parité de $k$ est un invariant de $\sigma$.
33
34##### Remarques
35* La formule produit ci-dessus rend la multiplicativité immédiate : les deux applications
36 $(i,j)\mapsto(\sigma(i),\sigma(j))$ permutent les paires, et le produit se réindexe sans
37 changement de valeur absolue. C'est la démonstration la plus courte du caractère bien défini
38 de la parité.
39* Formulation par les polynômes : en faisant agir $\mathfrak{S}_n$ sur
40 $\mathbb{Z}[X_1,\dots,X_n]$, le polynôme de Vandermonde
41 $\Delta=\prod_{i<j}(X_i-X_j)$ vérifie $\sigma\cdot\Delta=\varepsilon(\sigma)\,\Delta$ : la
42 signature est le caractère par lequel $\mathfrak{S}_n$ agit sur la droite engendrée par
43 $\Delta$.
44* Formulation matricielle : si $P_\sigma$ est la matrice de permutation associée, alors
45 $\varepsilon(\sigma)=\det P_\sigma$. C'est ce qui fait apparaître la signature dans la
46 formule de Leibniz $\det A=\sum_{\sigma}\varepsilon(\sigma)\prod_i a_{i,\sigma(i)}$, et donc
47 dans toute la théorie du déterminant et des formes alternées.
48* $\mathfrak{A}_n$ est le seul sous-groupe d'indice $2$ de $\mathfrak{S}_n$, et il est simple
49 pour $n\geqslant 5$, point de départ de la preuve d'Abel–Galois de l'insolubilité par
50 radicaux du degré $5$. Pour $n\geqslant 2$, $\mathfrak{A}_n$ est aussi le groupe dérivé de
51 $\mathfrak{S}_n$.
52* La signature s'étend au groupe $\mathfrak{S}_{(\infty)}$ des permutations à support fini d'un
53 ensemble infini, mais pas au groupe de toutes les permutations d'un ensemble infini : la
54 notion de parité y perd tout sens.
55* Homonymie à ne pas confondre : la *signature* d'une forme quadratique réelle est le couple
56 $(p,q)$ des nombres de carrés positifs et négatifs dans une décomposition orthogonale, dont
57 la loi d'inertie de Sylvester garantit l'invariance. Les deux notions n'ont en commun que le
58 nom et le statut d'invariant.
59
60##### Exemples
611. Pour $\sigma=\begin{pmatrix}1&2&3\\2&3&1\end{pmatrix}$, les inversions sont $(1,3)$ et
62 $(2,3)$, donc $\varepsilon(\sigma)=+1$ ; c'est cohérent avec le fait que $\sigma$ est un
63 $3$-cycle, de signature $(-1)^{3-1}=+1$.
642. Une transposition est de signature $-1$, un $3$-cycle de signature $+1$, un $4$-cycle de
65 signature $-1$. Plus généralement, un cycle est pair si et seulement si sa longueur est
66 impaire.
673. Une permutation de type cyclique $\ell_1,\dots,\ell_r$ (partition de $n$) a pour signature
68 $\prod_{i}(-1)^{\ell_i-1}=(-1)^{\,n-r}$. Dans $\mathfrak{S}_4$, les doubles transpositions
69 comme $(1\,2)(3\,4)$ sont donc paires : avec l'identité elles forment le groupe de Klein,
70 distingué dans $\mathfrak{A}_4$.
714. $\mathfrak{A}_3=\{\mathrm{id},(1\,2\,3),(1\,3\,2)\}\simeq\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}$, tandis que
72 les trois transpositions de $\mathfrak{S}_3$ forment l'autre classe, de signature $-1$.
735. **Jeu de taquin.** Une configuration du puzzle $4\times 4$ est atteignable si et seulement
74 si la signature de la permutation des tuiles est compatible avec la parité de la distance
75 de la case vide à sa position finale. La configuration obtenue en échangeant seulement les
76 tuiles $14$ et $15$ est donc insoluble.
776. **Cube de Rubik.** Un quart de tour induit un $4$-cycle sur les sommets et un $4$-cycle sur
78 les arêtes, tous deux impairs : le produit des deux signatures vaut $+1$ et reste invariant.
79 Il est donc impossible d'échanger deux arêtes en laissant tout le reste en place.
807. **Contre-exemple.** La signature n'est pas injective ni fidèle : dès que $n\geqslant 3$,
81 des permutations très différentes partagent la même signature, c'est un invariant complet
82 uniquement pour $n\leqslant 2$.

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##### Définition intuitive
La signature mesure la parité d'une permutation : elle vaut $+1$ si on peut la réaliser par un
nombre pair d'échanges de deux éléments, et $-1$ s'il en faut un nombre impair. Le fait
remarquable, et nullement évident a priori, est que cette parité ne dépend pas de la manière
dont on décompose la permutation : deux suites d'échanges menant au même résultat ont
toujours des longueurs de même parité. On dispose ainsi d'un invariant à deux valeurs, le plus
grossier possible, mais aussi le seul : c'est l'unique façon de mesurer une permutation par un
signe multiplicatif. Cette dichotomie pair/impair sépare $\mathfrak{S}_n$ en deux moitiés, dont
l'une, le groupe alterné, est un sous-groupe d'indice $2$. Elle explique le signe alterné dans
le développement du déterminant, l'impossibilité de résoudre certaines configurations du jeu
de taquin, et, via la simplicité de $\mathfrak{A}_n$ pour $n\geqslant 5$, l'insolubilité par
radicaux des équations de degré $\geqslant 5$.

##### Définition formelle
Soit $n\geqslant 1$ et $\sigma\in\mathfrak{S}_n$. On appelle *inversion* de $\sigma$ tout couple
$(i,j)$ avec $i<j$ et $\sigma(i)>\sigma(j)$, et l'on note $I(\sigma)$ leur nombre. La
*signature* de $\sigma$ est
$$\varepsilon(\sigma)=(-1)^{I(\sigma)}=\prod_{1\leqslant i<j\leqslant n}\frac{\sigma(j)-\sigma(i)}{j-i}\ \in\{-1,+1\}.$$

L'application $\varepsilon:\mathfrak{S}_n\to(\{\pm1\},\times)$ est un morphisme de groupes,
surjectif dès que $n\geqslant 2$, et c'est alors l'unique morphisme non trivial de
$\mathfrak{S}_n$ vers $\{\pm 1\}$. Son noyau est le *groupe alterné*
$$\mathfrak{A}_n=\ker\varepsilon,\qquad [\mathfrak{S}_n:\mathfrak{A}_n]=2,\qquad
|\mathfrak{A}_n|=\frac{n!}{2}.$$

Trois caractérisations équivalentes, souvent plus commodes que la définition :
$$\varepsilon(\tau)=-1 \text{ pour toute transposition }\tau;
\varepsilon(\sigma)=(-1)^{\ell-1}\text{ pour un cycle de longueur }\ell;
\varepsilon(\sigma)=(-1)^{\,n-c(\sigma)},$$
où $c(\sigma)$ désigne le nombre d'orbites de $\sigma$ dans $\{1,\dots,n\}$, points fixes
compris. En particulier, si $\sigma$ est produit de $k$ transpositions, alors
$\varepsilon(\sigma)=(-1)^{k}$ : la parité de $k$ est un invariant de $\sigma$.

##### Remarques
* La formule produit ci-dessus rend la multiplicativité immédiate : les deux applications
  $(i,j)\mapsto(\sigma(i),\sigma(j))$ permutent les paires, et le produit se réindexe sans
  changement de valeur absolue. C'est la démonstration la plus courte du caractère bien défini
  de la parité.
* Formulation par les polynômes : en faisant agir $\mathfrak{S}_n$ sur
  $\mathbb{Z}[X_1,\dots,X_n]$, le polynôme de Vandermonde
  $\Delta=\prod_{i<j}(X_i-X_j)$ vérifie $\sigma\cdot\Delta=\varepsilon(\sigma)\,\Delta$ : la
  signature est le caractère par lequel $\mathfrak{S}_n$ agit sur la droite engendrée par
  $\Delta$.
* Formulation matricielle : si $P_\sigma$ est la matrice de permutation associée, alors
  $\varepsilon(\sigma)=\det P_\sigma$. C'est ce qui fait apparaître la signature dans la
  formule de Leibniz $\det A=\sum_{\sigma}\varepsilon(\sigma)\prod_i a_{i,\sigma(i)}$, et donc
  dans toute la théorie du déterminant et des formes alternées.
* $\mathfrak{A}_n$ est le seul sous-groupe d'indice $2$ de $\mathfrak{S}_n$, et il est simple
  pour $n\geqslant 5$,  point de départ de la preuve d'Abel–Galois de l'insolubilité par
  radicaux du degré $5$. Pour $n\geqslant 2$, $\mathfrak{A}_n$ est aussi le groupe dérivé de
  $\mathfrak{S}_n$.
* La signature s'étend au groupe $\mathfrak{S}_{(\infty)}$ des permutations à support fini d'un
  ensemble infini, mais pas au groupe de toutes les permutations d'un ensemble infini : la
  notion de parité y perd tout sens.
* Homonymie à ne pas confondre : la *signature* d'une forme quadratique réelle est le couple
  $(p,q)$ des nombres de carrés positifs et négatifs dans une décomposition orthogonale, dont
  la loi d'inertie de Sylvester garantit l'invariance. Les deux notions n'ont en commun que le
  nom et le statut d'invariant.

##### Exemples
1. Pour $\sigma=\begin{pmatrix}1&2&3\\2&3&1\end{pmatrix}$, les inversions sont $(1,3)$ et
   $(2,3)$, donc $\varepsilon(\sigma)=+1$ ; c'est cohérent avec le fait que $\sigma$ est un
   $3$-cycle, de signature $(-1)^{3-1}=+1$.
2. Une transposition est de signature $-1$, un $3$-cycle de signature $+1$, un $4$-cycle de
   signature $-1$. Plus généralement, un cycle est pair si et seulement si sa longueur est
   impaire.
3. Une permutation de type cyclique $\ell_1,\dots,\ell_r$ (partition de $n$) a pour signature
   $\prod_{i}(-1)^{\ell_i-1}=(-1)^{\,n-r}$. Dans $\mathfrak{S}_4$, les doubles transpositions
   comme $(1\,2)(3\,4)$ sont donc paires : avec l'identité elles forment le groupe de Klein,
   distingué dans $\mathfrak{A}_4$.
4. $\mathfrak{A}_3=\{\mathrm{id},(1\,2\,3),(1\,3\,2)\}\simeq\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}$, tandis que
   les trois transpositions de $\mathfrak{S}_3$ forment l'autre classe, de signature $-1$.
5. **Jeu de taquin.** Une configuration du puzzle $4\times 4$ est atteignable si et seulement
   si la signature de la permutation des tuiles est compatible avec la parité de la distance
   de la case vide à sa position finale. La configuration obtenue en échangeant seulement les
   tuiles $14$ et $15$ est donc insoluble.
6. **Cube de Rubik.** Un quart de tour induit un $4$-cycle sur les sommets et un $4$-cycle sur
   les arêtes, tous deux impairs : le produit des deux signatures vaut $+1$ et reste invariant.
   Il est donc impossible d'échanger deux arêtes en laissant tout le reste en place.
7. **Contre-exemple.** La signature n'est pas injective ni fidèle : dès que $n\geqslant 3$,
   des permutations très différentes partagent la même signature, c'est un invariant complet
   uniquement pour $n\leqslant 2$.