Ivan Shishkin, Rye (1878)

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Condition nécessaire et suffisante pour que tout groupe d’ordre nn soit cyclique

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Traduction arithmétique de l’hypothèse

(a) pgcd(n,φ(n))=1\operatorname{pgcd}(n,\varphi(n))=1 entraîne nn sans facteur carré. Si p2np^{2}\mid n, écrivons n=pasn=p^{a}s avec a2a\geqslant 2 et psp\nmid s. La multiplicativité de φ\varphi donne φ(n)=pa1(p1)φ(s)\varphi(n)=p^{a-1}(p-1)\varphi(s), donc pp divise à la fois nn et φ(n)\varphi(n).

(b) Pour nn sans facteur carré, φ(n)=qn(q1)\varphi(n)=\prod_{q\mid n}(q-1), de sorte que
pgcd(n,φ(n))=1    p,q premiers divisant n,pq1.\operatorname{pgcd}\bigl(n,\varphi(n)\bigr)=1\iff \forall p,q \text{ premiers divisant } n,\quad p\nmid q-1 .

(c) Hérédité par les diviseurs. Si pgcd(n,φ(n))=1\operatorname{pgcd}(n,\varphi(n))=1 et mnm\mid n, alors pgcd(m,φ(m))=1\operatorname{pgcd}(m,\varphi(m))=1.

C’est (c) qui rendra la récurrence possible.

Si pgcd(n,φ(n))>1\operatorname{pgcd}(n,\varphi(n))>1, il existe un groupe non cyclique d’ordre nn

Soit pp un diviseur premier de pgcd(n,φ(n))\operatorname{pgcd}(n,\varphi(n)).

Cas 1 : nn n’est pas sans facteur carré, disons p2np^{2}\mid n. Le groupe G=(Z/pZ)2×Z/np2ZG=(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z})^{2}\times\mathbb{Z}\big/\tfrac{n}{p^{2}}\mathbb{Z} est d’ordre nn et non cyclique, il contient p+1p+1 sous-groupes d’ordre pp, alors qu’un groupe cyclique n’en possède qu’un seul.

Cas 2 : nn est sans facteur carré. Alors pφ(n)=qn(q1)p\mid\varphi(n)=\prod_{q\mid n}(q-1), donc il existe un premier qnq\mid n avec pq1p\mid q-1 ; nécessairement qpq\neq p, sinon pp1p\mid p-1. Le groupe (Z/qZ)×(\mathbb{Z}/q\mathbb{Z})^{\times} étant cyclique d’ordre q1q-1, il contient un élément a\overline{a} d’ordre pp, ce qui fournit un morphisme non trivial
θ:Z/pZAut(Z/qZ),1(xax).\theta:\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\longrightarrow\operatorname{Aut}(\mathbb{Z}/q\mathbb{Z}),\qquad \overline{1}\longmapsto(x\mapsto ax).Le produit semi-direct Z/qZθZ/pZ\mathbb{Z}/q\mathbb{Z}\rtimes_\theta\mathbb{Z}/p\mathbb{Z} est non abélien d’ordre pqpq, et comme pqnpq\mid n,
G=(Z/qZθZ/pZ)×Z/npqZG=\Bigl(\mathbb{Z}/q\mathbb{Z}\rtimes_\theta\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\Bigr)\times\mathbb{Z}\big/\tfrac{n}{pq}\mathbb{Z}est un groupe non abélien, donc non cyclique, d’ordre nn. \blacksquare

Si pgcd(n,φ(n))=1\operatorname{pgcd}(n,\varphi(n))=1, tout groupe d’ordre nn est cyclique

Raisonnons par récurrence forte sur nn, ou de façon équivalente par contre-exemple minimal : soit GG un groupe non cyclique d’ordre nn minimal parmi ceux vérifiant pgcd(n,φ(n))=1\operatorname{pgcd}(n,\varphi(n))=1.

Par (c), tout diviseur mm de nn vérifie encore pgcd(m,φ(m))=1\operatorname{pgcd}(m,\varphi(m))=1. La minimalité entraîne donc :
tout sous-groupe propre et tout quotient propre de G est cyclique.()\textbf{tout sous-groupe propre et tout quotient propre de } G \textbf{ est cyclique.} \qquad \qquad \tag{$\star$}En particulier nn n’est pas premier, et {e}\{e\} n’est pas un sous-groupe maximal de GG.

Étape A : GG est simple

Supposons qu’il existe NGN\trianglelefteq G avec {e}NG\{e\}\neq N\neq G, et posons m=Nm=|N|. Par ()(\star), NN est cyclique et G/NG/N est cyclique d’ordre n/mn/m ; comme nn est sans facteur carré, pgcd(m,n/m)=1\operatorname{pgcd}(m,n/m)=1.

Soit gGg\in G dont la classe engendre G/NG/N. Si g=G\langle g\rangle=G, le groupe GG est cyclique, exclu. Sinon g\langle g\rangle est cyclique d’ordre kk, et n/mn/m divise kk puisque g\langle g\rangle se surjecte sur G/NG/N. Le groupe cyclique g\langle g\rangle possède donc un sous-groupe HH d’ordre exactement n/mn/m. Alors HN|H\cap N| divise pgcd(n/m,m)=1\operatorname{pgcd}(n/m,m)=1, d’où
HN={e},HN=HN=n,G=NH.H\cap N=\{e\},\qquad |HN|=|H|\,|N|=n,\qquad G=N\rtimes H .

L’action est triviale. Elle est donnée par un morphisme HAut(N)H\to\operatorname{Aut}(N), et NN étant cyclique d’ordre mm, on a Aut(N)(Z/mZ)×\operatorname{Aut}(N)\simeq(\mathbb{Z}/m\mathbb{Z})^{\times}, d’ordre φ(m)\varphi(m). L’ordre de l’image divise donc
pgcd(n/m, φ(m)),\operatorname{pgcd}\bigl(n/m,\ \varphi(m)\bigr),qui divise pgcd(n,φ(n))=1\operatorname{pgcd}(n,\varphi(n))=1, car n/mnn/m\mid n et φ(m)φ(n)\varphi(m)\mid\varphi(n) (conséquence de φ(n)=φ(m)φ(n/m)\varphi(n)=\varphi(m)\varphi(n/m)).

Ainsi G=N×HG=N\times H est produit direct de deux groupes cycliques d’ordres premiers entre eux, donc cyclique : contradiction. Donc GG est simple.

Étape B : Un groupe simple non cyclique ne peut avoir tous ses sous-groupes propres cycliques

Montrons que deux sous-groupes maximaux distincts s’intersectent trivialement. Soient M1M2M_1\neq M_2 maximaux et D=M1M2D=M_1\cap M_2. Chaque MiM_i étant cyclique donc abélien, DMiD\trianglelefteq M_i, si bien que NG(D)M1,M2N_G(D)\supseteq\langle M_1,M_2\rangle. Or M2⊈M1M_2\not\subseteq M_1, donc M1,M2\langle M_1,M_2\rangle contient strictement M1M_1 : par maximalité, M1,M2=G\langle M_1,M_2\rangle=G et DGD\trianglelefteq G. Comme DM1GD\subseteq M_1\subsetneq G, la simplicité impose D={e}D=\{e\}.

Montrons que les maximaux sont auto-normalisants. Pour MM maximal, NG(M)MN_G(M)\supseteq M et NG(M)GN_G(M)\neq G (sinon MGM\trianglelefteq G), donc NG(M)=MN_G(M)=M : la classe de conjugaison de MM compte exactement [G:M][G:M] sous-groupes.

Tout xex\neq e engendre un sous-groupe propre donc appartient à au moins un sous-groupe maximal, et à un seul d’après le premier point. Les sous-groupes maximaux partitionnent ainsi G{e}G\setminus\{e\}. En notant M1,,MkM_1,\dots,M_k des représentants des classes de conjugaison de maximaux, d’ordres mi2m_i\geqslant 2 :
n1=i=1knmi(mi1)=ni=1k(11mi),n-1=\sum_{i=1}^{k}\frac{n}{m_i}\bigl(m_i-1\bigr)=n\sum_{i=1}^{k}\Bigl(1-\frac{1}{m_i}\Bigr),soit après division par nn :
i=1k(11mi)=11n < 1.\sum_{i=1}^{k}\Bigl(1-\frac{1}{m_i}\Bigr)=1-\frac{1}{n}\ <\ 1 .Chaque terme vaut au moins 12\tfrac12. Si k2k\geqslant 2, la somme vaut au moins 11 : impossible. Si k=1k=1, il vient m1=nm_1=n, contredisant M1GM_1\subsetneq G. Enfin k=0k=0 forcerait G={e}G=\{e\}.

Contradiction dans tous les cas : le contre-exemple minimal n’existe pas. \blacksquare

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