Ivan Shishkin, Rye (1878)

Problems/General algebraUnreviewed

Le pari du fantôme

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50
Difficulty scaleÉchelle de difficulté

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  1. 110First steps / middle schoolPremiers pas / collège
  2. 1125Beginner / high schoolDébutant / lycée
  3. 2650Intermediate / undergraduateIntermédiaire / licence
  4. 5170Advanced / graduateAvancé / master
  5. 7190Expert / specializedExpert / spécialisé
  6. 91100Research levelNiveau recherche
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Français

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Le fantôme de Pascal

Bougies, parité et pari dans un château circulaire

Château de quatre salles, une seule bougie allumée : quatre coups de minuit plus tard tout est éteint, non sans avoir embrasé le château entier. Château de trois salles, même règle, même bougie : le fantôme tourne en rond et ne s’en ira jamais. Ce qui sépare 33 de 44 se lit dans le triangle de Pascal, à condition de ne retenir que la parité, et l’on pourra même parier dessus.

La partie I met le triangle de Pascal en évidence et peut être traitée seule ; la partie II, qui en reprend les notations SS et TT, sépare les configurations qui s’éteignent de celles qui se répètent ; la partie III en tire un pari.

Dans un château, N2N\geqslant 2 salles sont disposées en cercle et numérotées de 00 à N1N-1.
Chacune contient une bougie.
À minuit, le fantôme de Pascal se réveille.
À chaque coup de l’horloge, il applique simultanément la règle suivante dans toutes les salles :

Une bougie sera allumée si, et seulement si, juste avant le coup, son état était différent de celui de la bougie de la salle précédente.

Une unique bougie allumée donne donc naissance à deux flammes.
Les indices des salles sont toujours pris modulo NN.
Le fantôme disparaît dès que toutes les bougies sont éteintes.

On note xi(t){0,1}x_i(t)\in\{0,1\} l’état de la bougie ii après tt coups, où 11 signifie « allumée », et x(t)=(x0(t),,xN1(t))x(t)=(x_0(t),\ldots,x_{N-1}(t)).
Pour la configuration initiale x=x(0)x=x(0), le temps de disparition est
τ(x)=min{tN:x(t)=0},\tau(x)=\min\{t\in\mathbb N:x(t)=0\},avec τ(x)=+\tau(x)=+\infty si cet ensemble est vide. En particulier, τ(0)=0\tau(0)=0.

I. L’empreinte du fantôme

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Figure 1 – L’empreinte du fantôme dans un château de 1616 salles : à minuit, seule la bougie de la salle 00 est allumée. Les lignes, de haut en bas, donnent l’état des bougies après t=0,1,,16t=0,1,\ldots,16 coups d’horloge, les colonnes, de gauche à droite, correspondent aux salles 00 à 1515 ; une case noire est une bougie allumée. Au seizième coup, tout est éteint.

1. Dans un château de quatre salles, partir de (1,0,0,0)(1,0,0,0) et déterminer les configurations successives jusqu’à la disparition du fantôme.
Recommencer dans un château de trois salles en partant de (1,0,0)(1,0,0), jusqu’à rencontrer une configuration déjà obtenue.
Le fantôme disparaît-il toujours ?

2. On travaille désormais dans le corps F2={0,1}\mathbb{F}_2=\{0,1\}, où 1+1=01+1=0.
La règle s’écrit donc xi(t+1)=xi(t)+xi1(t)x_i(t+1)=x_i(t)+x_{i-1}(t).
On pose
S(x0,x1,,xN1)=(xN1,x0,,xN2),T=I+S,S(x_0,x_1,\ldots,x_{N-1})=(x_{N-1},x_0,\ldots,x_{N-2}), \qquad T=I+S,II est l’identité. Montrer que x(t)=Ttx(0)x(t)=T^t x(0) et que
xi(t)=k=0t(tk)xik(0)dans F2.x_i(t)=\sum_{k=0}^{t}\binom{t}{k}x_{i-k}(0) \qquad\text{dans }\mathbb{F}_2.Pour x(0)=(1,0,,0)x(0)=(1,0,\ldots,0) et 0t<N0\leqslant t<N, interpréter la configuration obtenue à l’aide du triangle de Pascal, et expliquer le motif de la figure 1.

3. Soit t=j=0rεj2jt=\sum_{j=0}^{r}\varepsilon_j2^j l’écriture binaire de tt, avec εj{0,1}\varepsilon_j\in\{0,1\}.
Établir, dans F2[X]\mathbb{F}_2[X], l’identité
(1+X)t={j:εj=1}(1+X2j).(1+X)^t=\prod_{\{j:\varepsilon_j=1\}}(1+X^{2^j}).En déduire le nombre de coefficients impairs de la ligne tt du triangle de Pascal, puis le nombre de bougies allumées à l’instant t<Nt<N lorsque la salle 00 était initialement la seule éclairée.

4. Montrer que T2a=I+S2aT^{2^a}=I+S^{2^a} pour tout entier a0a\geqslant 0.
En déduire que, si N=2aN=2^a, toute configuration s’éteint en au plus NN coups.
Montrer que cette borne est atteinte.

II. Les configurations que l’on peut exorciser

On conserve les calculs dans F2\mathbb{F}_2.
À une configuration x=(x0,,xN1)x=(x_0,\ldots,x_{N-1}), on associe son polynôme
Cx(X)=i=0N1xiXi.C_x(X)=\sum_{i=0}^{N-1}x_iX^i.On écrit de manière unique N=LmN=Lm, où L=2aL=2^a est une puissance de 22 et mm est impair.
On pose
Q(X)=1+X++Xm1,R(X)=Q(X)L.Q(X)=1+X+\cdots+X^{m-1},\qquad R(X)=Q(X)^L.Lorsque m=1m=1, on a Q=R=1Q=R=1.

5. Montrer que CSxC_{Sx} est le reste de la division euclidienne de XCxXC_x par XN1X^N-1.
En déduire que, pour tout t0t\geqslant 0,
Ttx=0XN1 divise (1+X)tCx(X).T^t x=0 \quad\Longleftrightarrow\quad X^N-1\ \text{divise}\ (1+X)^t C_x(X).6. Justifier les identités et la propriété suivantes :
XN1=(X+1)LR(X),R(X)=j=0m1XjL,R(1)=1.X^N-1=(X+1)^L R(X),\qquad R(X)=\sum_{j=0}^{m-1}X^{jL},\qquad R(1)=1.Pourquoi RR est-il premier avec X+1X+1 ?

7. Montrer l’équivalence
τ(x)<+RCx.\tau(x)<+\infty\quad\Longleftrightarrow\quad R\mid C_x.Montrer aussi qu’une configuration qui finit par s’éteindre s’éteint en au plus LL coups.
En déduire la réciproque de la question 4 : toute configuration s’éteint si, et seulement si, NN est une puissance de 22.

8. Montrer que les configurations qui finissent par s’éteindre sont exactement celles obtenues en répétant mm fois un même bloc de longueur LL.
Combien y en a-t-il ?
Que devient ce résultat lorsque NN est impair ?

9. Pour 0tL0\leqslant t\leqslant L, montrer que
Ttx=0(X+1)LtR(X)Cx(X).T^t x=0 \quad\Longleftrightarrow\quad (X+1)^{L-t}R(X)\mid C_x(X).En comptant les multiples de ce polynôme de degré strictement inférieur à NN, déterminer le nombre de configurations telles que τ(x)t\tau(x)\leqslant t, puis le nombre de celles telles que τ(x)=t\tau(x)=t.

10. Soit une configuration non nulle qui finit par s’éteindre.
On écrit Cx=ARC_x=AR, avec degA<L\deg A<L, et l’on note vv la multiplicité de la racine 11 dans AA : ainsi A=(X+1)vBA=(X+1)^vB, avec B(1)=1B(1)=1.
Exprimer τ(x)\tau(x) en fonction de LL et de vv.
Donner explicitement toutes les configurations qui s’éteignent lorsque N=6N=6, ainsi que leurs temps de disparition.

11. On note WW l’ensemble des configurations yy telles que (X+1)L(X+1)^L divise CyC_y.
Montrer que TLxWT^Lx\in W pour toute configuration xx, que T(W)WT(W)\subset W et que TT est injective sur WW.
En déduire que, pour toute configuration initiale, la suite (x(t))tL(x(t))_{t\geqslant L} est périodique : passé le LL-ième coup, le fantôme a disparu ou se répète indéfiniment.
Combien WW compte-t-il d’éléments ?

Le fantôme peut donc hanter éternellement un petit château, et être condamné à disparaître dans un château beaucoup plus grand. Reste à savoir si l’on peut parier sur sa disparition.

III. Le dernier pari de Pascal

Oui, mais il faut parier. Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué.

— Blaise Pascal, Pensées,

Avant le premier coup de l’horloge, on décide de l’état de chaque bougie par un lancer d’une pièce équilibrée, indépendamment des autres bougies.
Les 2N2^N configurations sont donc équiprobables.
On note τ\tau le temps de disparition aléatoire et D={τ<+}D=\{\tau<+\infty\}.

Les résultats de la partie II peuvent être admis pour traiter cette partie.

12. Calculer P(D)\mathbb{P}(D) en fonction de NN et de LL.
En particulier, si NN est impair, quelle est la probabilité de faire disparaître le fantôme ?

13. Déterminer la loi de τ\tau conditionnellement à DD, en distinguant τ=0\tau=0 et 1τL1\leqslant\tau\leqslant L.
Vérifier que les probabilités obtenues ont pour somme 11.
Calculer P(τ=LD)\mathbb{P}(\tau=L\mid D) et interpréter le résultat.

14. Montrer que
E[τD]=L1+2L.\mathbb{E}[\tau\mid D]=L-1+2^{-L}.On pourra établir d’abord la formule t=1Lt2t1=(L1)2L+1\sum_{t=1}^{L}t2^{t-1}=(L-1)2^L+1.
Quelle est l’espérance non conditionnelle de τ\tau, à valeurs dans [0,+][0,+\infty], selon que NN est ou non une puissance de 22 ?

15. Le fantôme vous propose de choisir entre trois châteaux : le premier possède 20262026 salles, le deuxième 20282028 salles et le troisième 20482048 salles.
Vous gagnez si le château choisi finit par être entièrement éteint.

a) Quel château choisissez-vous pour maximiser votre probabilité de gagner ?
Comparer exactement les probabilités de gain dans les trois cas.

b) Dans chacun des châteaux, calculer le délai maximal de disparition parmi les configurations qui s’éteignent et le délai moyen conditionnellement à la disparition.

c) Le fantôme ajoute une clause : pour gagner, toutes les bougies doivent être éteintes après au plus dix coups.
Votre choix change-t-il ?

d) Un visiteur affirme : « Après cent coups, il reste une bougie allumée dans le château de 20282028 salles ; attendons encore, cela finira peut-être par s’arranger. »
Que lui répondre ?

Sous les flammes, un triangle ; derrière le hasard, une parité.

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