Solution
Notations préliminaires
Quitte à diviser par son coefficient dominant, ce qui ne change pas les racines de , on écrit . En développant, avec , donc et
Le milieu des racines de est donc le centre de gravité du triangle. On pose enfin .
Étape 1 : existence, unicité, et centre de l’ellipse inscrite
Existence. Il existe une bijection affine du plan réel envoyant les sommets d’un triangle équilatéral sur . Le cercle inscrit de est tangent aux trois côtés en leurs milieux (par les trois symétries axiales du triangle), et son centre est le centre de gravité . Or une application affine bijective transforme une ellipse en une ellipse, conserve les milieux, la tangence et le centre de gravité. Donc est une ellipse tangente à en , et son centre est .
Unicité. Soit une conique de tangente aux trois droites en et supposons . Comme est irréductible, et n’ont pas de composante commune, et le théorème de Bézout borne le nombre de leurs points d’intersection comptés avec multiplicité par . Mais la tangence en un point commun impose une multiplicité d’intersection : on obtient au moins , contradiction. D’où .
Étape 2 : un critère analytique de tangence focale
Lemme. Soient (éventuellement égaux), , et l’ellipse de foyers passant par (un cercle si ). Pour , la droite est tangente à en si et seulement si
Démonstration. Posons . La réflexion d’axe envoie un vecteur sur . Elle échange les demi-droites et si et seulement s’il existe avec , c’est-à-dire : c’est la caractérisation de la bissectrice intérieure de . La bissectrice extérieure lui est perpendiculaire, donc s’obtient en remplaçant par , ce qui change en : elle correspond à . On conclut par la propriété focale de l’ellipse : la tangente en est exactement la bissectrice extérieure de (pour , la tangente est la perpendiculaire au rayon, ce que la formule redonne).
Étape 3 : le calcul clé
Pour , on a , et , d’où
Par permutation circulaire, et . En particulier, pour chacun des trois milieux, le quotient de par le carré du vecteur directeur du côté correspondant vaut : d’après le lemme, si étaient les foyers d’une ellipse passant par ces milieux, celle-ci y serait tangente aux côtés. Il reste à identifier les foyers effectifs de .
Étape 4 : identification des foyers
Soient les foyers de . Le centre de est (étape 1) et c’est le milieu des foyers, donc pour un ; de même . Posons , de sorte que
Pour de côté associé de vecteur directeur , la tangence de donne , tandis que l’étape 3 donne . Par quotient, avec , d’où .
Supposons . Alors et pour les trois milieux, donc les trois nombres sont deux à deux proportionnels sur . Avec , , , cela signifie que sont deux à deux -proportionnels, alors que . Quitte à diviser par , on peut supposer , donc et : chacun de est réel ou imaginaire pur. Si l’un est réel et l’autre imaginaire pur non nul, la partie imaginaire de est non nulle, ce qui contredit ; s’ils sont tous deux imaginaires purs, leur somme l’est aussi, même contradiction ; s’ils sont tous deux réels, alors et sont alignés, exclu. Dans tous les cas, contradiction.
Donc , c’est-à-dire , et : les foyers de sont exactement et .
Remarques
- Le théorème contient le théorème de Gauss–Lucas en degré : les racines de , foyers d’une ellipse inscrite, sont dans le triangle, donc dans l’enveloppe convexe des racines de .
- Le cas est celui d’un triangle équilatéral : l’ellipse dégénère en le cercle inscrit, et a une racine double, à savoir le centre . Réciproquement, est un cercle si et seulement si a une racine double, si et seulement si le discriminant de s’annule.
- La tangence en les milieux force le rapport des aires : , l’ellipse de Steiner étant l’ellipse inscrite d’aire maximale. Ces deux faits sont invariants par transformation affine, donc se vérifient sur le triangle équilatéral.
- Les demi-axes se lisent sur les coefficients : si et des modules de convenablement normalisés, on obtient et , où : la transformée de Fourier discrète du triplet paramètre l’ellipse.
- L’étape 4 n’utilise la géométrie que par la seule non-dégénérescence du triangle : c’est elle qui interdit aux trois carrés d’être réellement proportionnels. Le cas d’un triangle rectangle, qui rendrait deux de ces carrés proportionnels, est écarté par la troisième relation.

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