Rappel de la définition. Un réel α est dit exprimable par radicaux réels s’il existe une tour de corps Q=K0⊆K1⊆⋯⊆Kr⊆R,Ki+1=Ki(niai) avec ai∈Ki,ai>0,telle que α∈Kr. Toutes les extractions de racines se font donc à l’intérieur de R : c’est là toute la différence avec la résolubilité par radicaux complexes.
Réponse
sin(5π)oui;sin(7π)non.
Le cas de sin(π/5) Il suffit d’une formule explicite. De cos(52π)=45−1 et de sin2θ=21−cos2θ on tire sin(5π)=410−25.Les deux radicaux portent sur des quantités positives : 5>0, puis 10−25≈5,528>0. La tour Q⊂Q(5)⊂Q(10−25) est donc entièrement contenue dans R, et la réponse est positive.
On notera que sin(π/5) est racine de 16X4−20X2+5, irréductible sur Q : son degré vaut 4=22. Ce n’est pas un hasard, comme la suite va le montrer.
Le cas de sin(π/7) Le polynôme minimal. La formule de multiplication sin(7θ)=7s−56s3+112s5−64s7, où s=sinθ, appliquée à θ=π/7 donne sin(7θ)=0 avec s=0, donc 64s6−112s4+56s2−7=0.Le critère d’Eisenstein en p=7 s’applique (7 divise −112, 56, −7 ; 7∤64 ; 49∤7) : ce polynôme est irréductible, et sin(π/7) est de degré 6 sur Q.
Réduction à un cubique. Posons u=s2. Alors sin2(π/7) annule P(u)=64u3−112u2+56u−7,irréductible pour la même raison. Ses trois racines sont sin2(7π),sin2(72π),sin2(73π),qui sont toutes réelles. Autrement dit, P est un cubique irréductible sur Q à trois racines réelles.
On invoque le théorème suivant, dû pour l’essentiel à Cardan et formalisé par Galois.
Théorème. Soit K⊆R et P∈K[X] un polynôme irréductible de degré 3 dont les trois racines sont réelles. Alors aucune de ces racines n’appartient à une extension radicale réelle de K.
Idée de la preuve. Soit L le corps de décomposition de P, de groupe de Galois C3 ou S3 ; il contient une sous-extension cyclique de degré 3. Si une racine appartenait à une tour radicale réelle, on pourrait raffiner celle-ci en étapes de degré premier, et l’on aboutirait à une extension réelle de degré 3 contenant une sous-extension normale de même degré, ce que la présence des racines cubiques de l’unité, non réelles, interdit. La contradiction vient précisément de ce que μ3⊆R, alors que μ2={±1}⊆R.
Conclusion. Par ce théorème, sin2(π/7) n’est pas exprimable par radicaux réels. Or si sin(π/7) l’était, son carré le serait aussi (une tour radicale réelle est un corps, stable par produit). Donc sin(π/7) n’est pas exprimable par radicaux réels. ■
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