Preuve issue de la vidéo de Phil Caldero: https://www.youtube.com/watch?v=CwGdJaZcGV8
Théorème. Soit K un corps de caractéristique nulle. La suite (pn)n≥1 des nombres premiers ne vérifie aucune relation
a0pn+d=a1pn+d−1+⋯+adpn(n≥n0)avec d≥1, a0,…,ad∈K et a0=0.
Lemme 1 (descente). Si une suite à valeurs dans un sous-corps F⊂K vérifie une telle relation à coefficients dans K, elle en vérifie une de même ordre à coefficients dans F.
Preuve. Posons rn=(pn+d−1,…,pn)∈Fd et bn=pn+d. L’hypothèse donne a∈Kd avec rn⋅a=bn pour n≥n0. Choisissons rn1,…,rnk une base du sous-espace de Fd engendré par les rn. Le système fini rnj⋅X=bnj a ses coefficients dans F et une solution dans Kd ; le rang ne changeant pas par extension du corps, il a une solution a′∈Fd. Si rn=∑jcjrnj avec cj∈F, alors rn⋅a′=∑jcjbnj=∑jcj(rnj⋅a)=rn⋅a=bn. □
Lemme 2 (périodicité modulo q). Soit (un) une suite d’entiers et a0,…,ad∈Z avec a0ad=0 tels que a0un+d=∑i=1daiun+d−i pour n≥n0. Pour tout premier q ne divisant pas a0ad, il existe T≥1 tel que un+T≡un(modq) pour tout n≥n0.
Preuve. Modulo q, a0 est inversible et le vecteur vn=(un,…,un+d−1)∈Fqd vérifie vn+1=Avn, où A est la matrice compagnon de coefficients aˉi=aia0−1. Comme detA=±aˉd=0, A appartient au groupe fini GLd(Fq), donc AT=I pour T=∣GLd(Fq)∣, et vn+T=vn pour n≥n0. □
Preuve du théorème. Par l’absurde, prenons une relation d’ordre d≥1 minimal, valable pour n≥n0. Comme Q⊂K et pn∈Q, le lemme 1 permet de supposer les ai rationnels, puis entiers en chassant les dénominateurs. On a ad=0 : sinon la relation, décalée d’un cran, serait d’ordre d−1. L’entier a0ad n’a qu’un nombre fini de diviseurs premiers, donc il existe k≥n0 tel que q=pk ne divise pas a0ad. Par le lemme 2, pk+T≡pk=q≡0(modq). Ainsi q divise le nombre premier pk+T, d’où pk+T=q=pk, ce qui contredit la stricte croissance de (pn). □
Remarques. La preuve n’utilise de (pn) que deux choses : chaque terme est premier, et deux termes d’indices distincts sont distincts. Elle s’applique donc à toute suite injective de nombres premiers. L’hypothèse de caractéristique nulle est nécessaire : sur F2, la suite (0,1,1,1,…) vérifie un+2=un+1.
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