Ivan Shishkin, Birch Grove

Congruence modulo nn

Definition / Number theory / Usable

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Also known as: Congruence

Français
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Définition intuitive

La congruence modulo nn consiste à ne retenir des entiers que leur reste dans la division par nn, en oubliant délibérément le quotient. C’est l’arithmétique de l’horloge (numérique) : trois heures après vingt-trois heures, il est deux heures, parce qu’on travaille modulo 2424.

Définition formelle

Soit nNn\in\mathbb{N}^{*}. Deux entiers a,bZa,b\in\mathbb{Z} sont dits congrus modulo nn, ce qu’on note
ab(modn),a\equiv b \pmod n,si nn divise bab-a, c’est-à-dire s’il existe kZk\in\mathbb{Z} tel que b=a+knb=a+kn.

Proposition. C’est une relation d’équivalence sur Z\mathbb{Z}, compatible avec l’addition et la multiplication :
aa et bb  a+ba+betabab(modn).a\equiv a' \text{ et } b\equiv b'\ \Longrightarrow\ a+b\equiv a'+b'\quad\text{et}\quad ab\equiv a'b' \pmod n .

Preuve de la compatibilité multiplicative. Si a=a+kna'=a+kn et b=b+nb'=b+\ell n, alors ab=ab+n(a+bk+kn)a'b'=ab+n(a\ell+bk+k\ell n). \square

L’ensemble quotient, noté Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, hérite donc d’une structure d'anneau commutatif ; il possède exactement nn éléments, les classes 0,1,,n1\overline{0},\overline{1},\dots,\overline{n-1}, car la division euclidienne assure que tout entier est congru à un unique reste dans 0,n1\llbracket 0,n-1\rrbracket.

Inversibilité. La classe a\overline{a} est inversible dans Z/nZ\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} si et seulement si pgcd(a,n)=1\mathrm{pgcd}(a,n)=1. En effet, l’identité de Bézout au+nv=1au+nv=1 fournit au=1\overline{a}\,\overline{u}=\overline{1} ; réciproquement, au1au\equiv 1 signifie au1=knau-1=kn, donc tout diviseur commun de aa et nn divise 11. Le groupe des inversibles (Z/nZ)×(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^{\times} est ainsi d’ordre φ(n)\varphi(n), et
Z/nZ est un corps    n est premier.\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} \text{ est un corps}\iff n \text{ est premier}.

Remarques
  • Simplification interdite. On ne peut pas diviser librement : 2320(mod6)2\cdot 3\equiv 2\cdot 0 \pmod 6 sans que 303\equiv 0. La règle exacte est acbc(modn)    ab(modn/pgcd(c,n))ac\equiv bc\pmod n\iff a\equiv b\pmod{n/\mathrm{pgcd}(c,n)} ; la simplification par cc n’est valide que si pgcd(c,n)=1\mathrm{pgcd}(c,n)=1.
  • Fermat et Euler. Le théorème de Lagrange appliqué à (Z/nZ)×(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^{\times} donne aφ(n)1(modn)a^{\varphi(n)}\equiv 1\pmod n dès que pgcd(a,n)=1\mathrm{pgcd}(a,n)=1 ; pour n=pn=p premier, on retrouve ap11a^{p-1}\equiv 1 et, sans condition, apa(modp)a^{p}\equiv a\pmod p.
  • Théorème des restes chinois. Si pgcd(m,n)=1\mathrm{pgcd}(m,n)=1, l’application naturelle Z/mnZZ/mZ×Z/nZ\mathbb{Z}/mn\mathbb{Z}\to\mathbb{Z}/m\mathbb{Z}\times\mathbb{Z}/n\mathbb{Z} est un isomorphisme d’anneaux. Un système de congruences à modules premiers entre eux a donc toujours une solution, unique modulo le produit. On en déduit la multiplicativité de φ\varphi.
  • Équations linéaires. L’équation axb(modn)ax\equiv b\pmod n admet une solution si et seulement si d=pgcd(a,n)d=\mathrm{pgcd}(a,n) divise bb, auquel cas elle en a exactement dd modulo nn. C’est la traduction modulaire du théorème de Bézout.
  • Structure du groupe des inversibles. (Z/nZ)×(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^{\times} est cyclique si et seulement si n{1,2,4,pk,2pk}n\in\{1,2,4,p^{k},2p^{k}\} avec pp premier impair. Un générateur s’appelle alors une racine primitive modulo nn. En particulier (Z/8Z)×(Z/2Z)2(\mathbb{Z}/8\mathbb{Z})^{\times}\simeq(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^{2} n’est pas cyclique.
Exemples
  1. Horloge (à aiguilles). Modulo 1212, on a 231123\equiv 11 et 15+9015+9\equiv 0. Modulo 77, les jours de la semaine : si aujourd’hui est un lundi, dans 100100 jours ce sera un mercredi, car 1002(mod7)100\equiv 2\pmod 7.
  2. Carrés. Modulo 44, un carré vaut 00 ou 11 ; modulo 88, il vaut 00, 11 ou 44. Il en résulte que n3(mod4)n\equiv 3\pmod 4 n’est jamais somme de deux carrés, et que x2+y2=3z2x^{2}+y^{2}=3z^{2} n’a pas de solution entière non triviale.
  3. Grandes puissances. Pour calculer 7100mod137^{100}\bmod 13 : le petit théorème de Fermat donne 71217^{12}\equiv 1, et 100=812+4100=8\cdot 12+4, donc 710074=24019(mod13)7^{100}\equiv 7^{4}=2401\equiv 9\pmod{13}.
  4. Restes chinois. Le système x2(mod3)x\equiv 2\pmod 3, x3(mod5)x\equiv 3\pmod 5, x2(mod7)x\equiv 2\pmod 7 a pour unique solution x23(mod105)x\equiv 23\pmod{105} — c’est l’énoncé du Sunzi Suanjing, du IIIᵉ siècle.
  5. Cryptographie. Le système RSA repose sur medm(modN)m^{ed}\equiv m\pmod{N} avec N=pqN=pq et ed1(modφ(N))ed\equiv 1\pmod{\varphi(N)} : chiffrer et déchiffrer sont deux exponentiations modulaires, et la sécurité tient à la difficulté de factoriser NN.
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