Définition intuitive
Un polynôme n’a pas toujours toutes ses racines dans le corps où on l’écrit : n’en a aucune sur , n’en a qu’une sur . L’idée du corps de décomposition est de fabriquer sur mesure la plus petite extension où le polynôme se casse complètement en facteurs de degré , où il est scindé.
Définition formelle
Soient un corps et non constant. Une extension est un corps de décomposition de sur si
et si est engendré sur par ces racines. La seconde condition traduit la minimalité : aucun sous-corps strict de contenant ne convient.
Théorème (existence). Tout polynôme non constant admet un corps de décomposition sur , et .
Preuve. Par récurrence sur . Si est scindé, prendre . Sinon, soit un facteur irréductible de de degré ; le corps est une extension de degré dans laquelle admet une racine . On applique l’hypothèse de récurrence à sur . La borne s’obtient en multipliant les degrés successifs, majorés par
Théorème (unicité). Deux corps de décomposition de sur sont -isomorphes. Plus généralement, si est un isomorphisme de corps et , des corps de décomposition de et , alors se prolonge en un isomorphisme .
C’est cette forme relative, plus forte, qui permet la récurrence : on prolonge racine par racine, chaque prolongement correspondant au choix d’une racine de l’image d’un facteur irréductible.
Remarques
- L’article défini est un abus toléré. L’isomorphisme de l’énoncé d’unicité n’est en général pas unique. On dit néanmoins « le » corps de décomposition, l’unicité à isomorphisme près suffisant en pratique.
- Ne pas confondre avec le corps de rupture. Pour irréductible, le corps de rupture est engendré par une seule racine et de degré . Le corps de décomposition les contient toutes et peut être bien plus grand : pour sur , le corps de rupture est de degré , tandis que le corps de décomposition est de degré . Ils coïncident si et seulement si le corps de rupture est déjà normal.
- Ne pas confondre avec la clôture algébrique. Celle-ci scinde tous les polynômes à la fois ; elle est de degré infini dès que n’est pas algébriquement clos, et son existence requiert l’axiome du choix. Un corps de décomposition est toujours de degré fini.
- Contre-exemple à une intuition. Le corps de décomposition dépend du corps de base, pas seulement du polynôme : a pour corps de décomposition sur , sur , et lui-même sur dès que .
Exemples
- sur : le corps de décomposition est , de degré .
- sur : c’est , de degré . Ici les deux racines engendrent le même corps, d’où l’égalité entre corps de rupture et de décomposition.
- sur : le corps est , de degré
- Corps finis. Le corps de décomposition de sur , avec , est exactement , c’est la construction canonique des corps finis, et elle prouve du même coup leur unicité à isomorphisme près.
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