Ivan Shishkin, Birch Grove

indice de groupe

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Définition intuitive

L’indice d’un sous-groupe HH dans un groupe GG compte le nombre de translatés de HH nécessaires pour recouvrir GG. Le point de départ est que ces translatés, les classes gHgH, sont deux à deux disjoints et tous en bijection avec HH : le groupe se découpe donc en tranches identiques, et l’indice est simplement le nombre de tranches. C’est la notion de « taille relative » de HH dans GG, qui garde un sens même quand GG est infini, dans Z\mathbb{Z}, le sous-groupe 2Z2\mathbb{Z} est infini mais n’occupe que la moitié de la place, et son indice vaut 22. Pour GG fini, la relation G=[G:H]H|G|=[G:H]\cdot|H| n’est rien d’autre que le théorème de Lagrange, et c’est de cette égalité que découle l’essentiel des contraintes arithmétiques sur les groupes finis. Un indice petit est particulièrement significatif : un sous-groupe d’indice 22 est automatiquement distingué, et plus généralement un indice petit force HH à contenir un gros sous-groupe distingué.

Définition formelle

Soient GG un groupe et HGH\leqslant G un sous-groupe. La relation xy    x1yHx\sim y \iff x^{-1}y\in H est une relation d’équivalence sur GG, dont les classes sont les classes à gauche gH={gh:hH}gH=\{gh : h\in H\}. On note G/HG/H l’ensemble de ces classes. L'indice de HH dans GG est
[G:H]=G/H N{}.[G:H]=\bigl|G/H\bigr|\ \in\mathbb{N}^{*}\cup\{\infty\}.L’application gHHg1gH\mapsto Hg^{-1} étant une bijection de G/HG/H sur l’ensemble H\GH\backslash G des classes à droite, l’indice ne dépend pas du côté choisi.

Trois propriétés fondamentales :
(Lagrange)G=[G:H]Hsi G est fini;\textbf{(Lagrange)}\quad |G|=[G:H]\cdot|H| \quad\text{si } G \text{ est fini};(multiplicativiteˊ)KHG  [G:K]=[G:H][H:K];\textbf{(multiplicativité)}\quad K\leqslant H\leqslant G \ \Longrightarrow\ [G:K]=[G:H]\cdot[H:K];(Poincareˊ)[G:HK][G:H][G:K].\textbf{(Poincaré)}\quad [G:H\cap K]\leqslant [G:H]\cdot[G:K].En particulier, une intersection finie de sous-groupes d’indice fini est d’indice fini.

Remarques
  • [G:H]=1    H=G[G:H]=1 \iff H=G, et [G:{e}]=G[G:\{e\}]=|G|.
  • Si [G:H]=2[G:H]=2, alors HGH\trianglelefteq G : il n’y a que deux classes, HH et son complémentaire, à gauche comme à droite. C’est faux en général pour un indice 3\geqslant 3 : dans S3\mathfrak{S}_3, le sous-groupe {id,(12)}\{\mathrm{id},(1\,2)\} est d’indice 33 et n’est pas distingué.
  • Théorème de Poincaré (action sur les classes). L’action de GG sur G/HG/H par translation fournit un morphisme GSG/HG\to\mathfrak{S}_{G/H} dont le noyau, gGgHg1\bigcap_{g\in G}gHg^{-1}, est le plus grand sous-groupe distingué de GG contenu dans HH. Si [G:H]=n[G:H]=n est fini, G/kerG/\ker s’injecte dans Sn\mathfrak{S}_n, donc [G:ker][G:\ker] divise n!n!. Conséquence classique : un groupe fini dont l’indice p=[G:H]p=[G:H] est le plus petit facteur premier de G|G| a nécessairement HGH\trianglelefteq G.
  • Quand HGH\trianglelefteq G, l’ensemble G/HG/H est un groupe et [G:H]=G/H[G:H]=|G/H| : l’indice est alors l’ordre du groupe quotient. Sans normalité, G/HG/H n’est qu’un GG-ensemble.
  • La réciproque du théorème de Lagrange est fausse : un diviseur de G|G| n’est pas toujours l’ordre d’un sous-groupe. Les théorèmes de Sylow en donnent une réciproque partielle pour les puissances de nombres premiers.
  • Un indice fini est compatible avec HH et GG infinis. En théorie des groupes infinis, les sous-groupes d’indice fini jouent le rôle de « presque tout le groupe » : une propriété vraie pour l’un est souvent vraie à indice fini près pour l’autre.
Exemples
  1. [Z:nZ]=n[\mathbb{Z}:n\mathbb{Z}]=n pour n1n\geqslant 1, les classes étant les nn résidus modulo nn. Ici HH est infini, GG aussi, et l’indice est fini.
  2. [Sn:An]=2[\mathfrak{S}_n:\mathfrak{A}_n]=2 pour n2n\geqslant 2 : les deux classes sont les permutations paires et impaires. Le groupe alterné est donc distingué, et c’est le seul sous-groupe d’indice 22 de Sn\mathfrak{S}_n.
  3. Dans S4\mathfrak{S}_4, le sous-groupe de Klein V={id,(12)(34),(13)(24),(14)(23)}V=\{\mathrm{id},(1\,2)(3\,4),(1\,3)(2\,4),(1\,4)(2\,3)\} est d’indice 66, et [A4:V]=3[\mathfrak{A}_4:V]=3 : on vérifie la multiplicativité 24=6424=6\cdot 4 et [S4:V]=[S4:A4][A4:V]=23[\mathfrak{S}_4:V]=[\mathfrak{S}_4:\mathfrak{A}_4]\cdot[\mathfrak{A}_4:V]=2\cdot 3.
  4. [GLn(K):SLn(K)]=K[\mathrm{GL}_n(K):\mathrm{SL}_n(K)]=|K^{*}|, les classes étant les fibres du déterminant. Pour K=RK=\mathbb{R} l’indice est infini, alors que [GLn(Fq):SLn(Fq)]=q1[\mathrm{GL}_n(\mathbb{F}_q):\mathrm{SL}_n(\mathbb{F}_q)]=q-1.
  5. [R:Z][\mathbb{R}:\mathbb{Z}] est infini (non dénombrable) : les classes x+Zx+\mathbb{Z} sont les points du cercle R/Z\mathbb{R}/\mathbb{Z}.
  6. Sous-groupes de congruence. Dans SL2(Z)\mathrm{SL}_2(\mathbb{Z}), le sous-groupe Γ(N)\Gamma(N) des matrices congrues à I2I_2 modulo NN est d’indice fini, égal à N3pN(1p2)N^{3}\prod_{p\mid N}(1-p^{-2}) ; c’est le noyau de la réduction SL2(Z)SL2(Z/NZ)\mathrm{SL}_2(\mathbb{Z})\to\mathrm{SL}_2(\mathbb{Z}/N\mathbb{Z}).
  7. Contre-exemple. Dans le groupe libre F2F_2 à deux générateurs, le sous-groupe dérivé [F2,F2][F_2,F_2] est d’indice infini, bien que F2F_2 soit engendré par deux éléments seulement : un sous-groupe distingué et « gros » peut parfaitement être d’indice infini.
  8. Contre-exemple à la réciproque de Lagrange. A4\mathfrak{A}_4 est d’ordre 1212 mais ne possède aucun sous-groupe d’ordre 66, c’est-à-dire aucun sous-groupe d’indice 22.

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References

  1. Daniel Perrin — Cours d’algèbre
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