Ivan Shishkin, Birch Grove

Isométrie directe

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Définition intuitive

Une isométrie est une transformation qui ne déforme rien : elle conserve les distances, donc aussi les angles et les volumes en valeur absolue. Elle est dite directe lorsqu’elle préserve en outre l’orientation, autrement dit, lorsqu’on peut la réaliser par un mouvement continu, sans jamais retourner l’espace.

Définition formelle

Soit EE un espace euclidien orienté de dimension nn. Une application linéaire uL(E)u\in\mathcal{L}(E) est une isométrie (ou automorphisme orthogonal) si elle conserve le produit scalaire :
x,yE,u(x),u(y)=x,y,\forall x,y\in E,\qquad \langle u(x),u(y)\rangle=\langle x,y\rangle,ce qui équivaut à conserver la norme, ou encore à ATA=InA^{\mathsf T}A=I_n pour sa matrice dans une base orthonormée. Ces applications forment le groupe orthogonal O(E)\mathcal{O}(E), et detu=±1\det u=\pm 1.

L’isométrie est dite directe si detu=+1\det u=+1, indirecte sinon. Les isométries directes forment le sous-groupe spécial orthogonal
SO(E)={uO(E) : detu=1},\mathcal{SO}(E)=\{u\in\mathcal{O}(E)\ :\ \det u=1\},d’indice 22 dans O(E)\mathcal{O}(E), donc distingué : c’est le noyau du morphisme det:O(E){±1}\det:\mathcal{O}(E)\to\{\pm1\}.

Théorème (Euler). Soit EE de dimension 33 et uSO(E)u\in\mathcal{SO}(E), uidu\neq\mathrm{id}. Alors il existe une droite D=ker(uid)D=\ker(u-\mathrm{id}), un vecteur unitaire kk dirigeant DD et un angle θ]0,2π[\theta\in\,]0,2\pi[ tels que uu soit la rotation d’axe DD et d’angle θ\theta. Dans une base orthonormée directe (i,j,k)(i,j,k) adaptée,
Mat(u)=(cosθsinθ0sinθcosθ0001).\mathrm{Mat}(u)=\begin{pmatrix}\cos\theta&-\sin\theta&0\\ \sin\theta&\cos\theta&0\\ 0&0&1\end{pmatrix}.

Preuve. Le polynôme caractéristique χu\chi_u est réel de degré 33, donc admet une racine réelle λ\lambda ; comme uu est une isométrie, λ=1|\lambda|=1, soit λ=±1\lambda=\pm1. Les racines complexes non réelles vont par paires conjuguées de produit z2=1|z|^2=1, donc le produit de toutes les racines vaut λ\lambda ou λμ\lambda\mu avec μ=±1\mu=\pm1 ; l’égalité detu=1\det u=1 force alors 11 à être valeur propre. Soit kk un vecteur unitaire fixe. Le plan P=kP=k^{\perp} est stable (car uu conserve l’orthogonalité), et uPu|_P est une isométrie de PP de déterminant 11 : c’est une rotation plane, d’angle θ\theta. \square

Formules pratiques. L’angle se lit sur la trace, l’axe sur la partie antisymétrique :
tru=1+2cosθ,xE,u(x)u1(x)=2sinθ(kx).\operatorname{tr}u=1+2\cos\theta,\qquad \forall x\in E,\quad u(x)-u^{-1}(x)=2\sin\theta\,(k\wedge x).

Exemples
  1. Rotation d’axe OzOz. La matrice Rθ=(cosθsinθ0sinθcosθ0001)R_\theta=\begin{pmatrix}\cos\theta&-\sin\theta&0\\ \sin\theta&\cos\theta&0\\ 0&0&1\end{pmatrix} est directe, de trace 1+2cosθ1+2\cos\theta.
  2. Retournement. La rotation d’angle π\pi d’axe OzOz a pour matrice diag(1,1,1)\mathrm{diag}(-1,-1,1), de déterminant 11 : c’est une isométrie directe, involutive, souvent appelée demi-tour. Attention, elle ne doit pas être confondue avec la réflexion diag(1,1,1)\mathrm{diag}(1,1,-1), indirecte.
  3. Permutation circulaire des axes. La matrice (001100010)\begin{pmatrix}0&0&1\\ 1&0&0\\ 0&1&0\end{pmatrix} est orthogonale de déterminant 11 : c’est la rotation d’angle 2π3\frac{2\pi}{3} autour de la grande diagonale (1,1,1)(1,1,1), sa trace nulle donnant cosθ=12\cos\theta=-\tfrac12.
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