Ivan Shishkin, Rye (1878)

Problems/Number theory

Dénombrabilité de l’ensemble des permutations de N\mathbb{N}

by Uettechat·
45
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  1. 110First steps / middle schoolPremiers pas / collège
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  3. 2650Intermediate / undergraduateIntermédiaire / licence
  4. 5170Advanced / graduateAvancé / master
  5. 7190Expert / specializedExpert / spécialisé
  6. 91100Research levelNiveau recherche
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Français

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L’ensemble des permutations de N\mathbb{N} est-il dénombrable?

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  1. Oral ENS 2019
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Solution by Uettechat

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Cherchons intuitivement quelle pourrait être la solution:
Pour construire une permutation σ\sigma de N\mathbb{N} :

  • Pour 00, on a une infinité de choix
  • Pour 11, on a encore une infinité de choix (toutes les valeurs sauf σ(0)\sigma(0)).
  • Pour 22, encore une infinité de choix, et ainsi de suite.
    Chaque entier nn offre une infinité d’options indépendantes (ou presque). Le nombre total de "trajectoires" possibles pour la suite (σ(0),σ(1),σ(2),)(\sigma(0), \sigma(1), \sigma(2), \dots) grandit à la manière d’un arbre dont chaque nœud a une infinité de branches. On chercherait donc plutôt à montrer que cet ensemble n’est pas dénombrable.

Pour cela, procédons par l’absurde en supposant l’ensemble des permutations S\mathfrak{S} dénombrable: si on réussit à construire une surjection de S\mathfrak{S} dans un ensemble non dénombrable, alors il y aura une contradiction. L’avantage de cette technique est que nous n’avons pas à construire une bijection.

Une idée à avoir pour construire cette surjection serait de caractériser les permutations: on pourrait par exemple considérer les points fixes ou bien les supports d’une permutation.

On rappelle qu’un support est "l’inverse" d’un point fixe, c’est à dire si σS(N)\sigma \in \mathfrak{S}(\mathbb{N}), alors l’ensemble des supports de σ\sigma est {kN,σ(k)k}\{k\in\mathbb{N}, \sigma(k)\neq k\}.

On construit donc, en notant S={{k},kN}S=\{\{k\}, k \in \mathbb{N}\} l’ensemble des singletons de N\mathbb{N}:
Φ:{SP(N)Sσ{kN,σ(k)k}\Phi: \begin{cases} \mathfrak{S} \longrightarrow \mathcal{P}(\mathbb{N})\setminus{S} \\ \sigma \longmapsto \{k\in\mathbb{N}, \sigma(k)\neq k\}\end{cases}Vérifions la surjectivité de Φ\Phi:
Soit AP(N)SA \in \mathcal{P}(\mathbb{N}) \setminus S:

  • Si A=A = \emptyset, Φ(id)==A\Phi(\text{id}) = \emptyset = A.
  • Si AA contient au moins 2 éléments,
    Si AA fini, A={a1,...,ap}A=\{a_{1},...,a_{p}\}, on définit le cycle σ:n{an+1 si k{1,...,p1},n=aka1 si n=apn sinon\sigma: n \mapsto \begin{cases} a_{n+1} \text{ si } \exists k\in\{1,...,p-1\}, n=a_{k}\\ a_{1} \text{ si } n=a_{p} \\ n \text{ sinon}\end{cases} , tel que Φ(σ)=A\Phi(\sigma)=A
    Si AA infini, il est dénombrable comme partie de N\mathbb{N}, il existe donc une bijection b:ZAb: \mathbb{Z} \to A, et on note ak=b(k)a_{k}=b(k) pour tout kk entier, alors A={ak,kZ}A=\{a_{k},k\in\mathbb{Z}\}.
    On définit la permutation σ:n{ak+1 si kZ,n=akn sinon\sigma: n \mapsto \begin{cases} a_{k+1} \text{ si } \exists k\in\mathbb{Z}, n=a_{k}\\ n \text{ sinon}\end{cases}, tel que Φ(σ)=A\Phi(\sigma)=A

On retire les singletons car si ASA \in S (AA est un singleton), aucune permutation ne peut avoir AA pour support car un unique élément ne peut pas être dérangé seul.

Il ne manque plus qu’à savoir si P(N)S\mathcal{P}(\mathbb{N})\setminus{S} est dénombrable ou non. Intuitivement, SS est dénombrable et P(N)\mathcal{P}(\mathbb{N}) ne l’est pas, il y a donc peu de chances que retirer un ensemble dénombrable à un ensemble non dénombrable le rende dénombrable.

Montrons alors que P(N)S\mathcal{P}(\mathbb{N})\setminus{S} n’est pas dénombrable par l’absurde:
Supposons P(N)S\mathcal{P}(\mathbb{N})\setminus{S} dénombrable, alors (P(N)S)S=P(N)(\mathcal{P}(\mathbb{N})\setminus{S}) \cup S = \mathcal{P}(\mathbb{N}) est dénombrable (car SS est dénombrable), ce qui est contradictoire.
Donc P(N)S\mathcal{P}(\mathbb{N})\setminus{S} n’est pas dénombrable.

On pourrait noter que ce résultat est en fait généralisable, comme on l’avait intuité:

Si E non deˊnombrable et F deˊnombrable, alors EF non deˊnombrable\text{Si E non dénombrable et } F \text{ dénombrable, alors } E \setminus{F} \text{ non dénombrable}

Pour conclure: Si S\mathfrak{S} était dénombrable, alors son image par Φ\Phi qui est P(N)S\mathcal{P}(\mathbb{N})\setminus{S} serait dénombrable, ce qui est contradictoire.
Donc S\mathfrak{S} n’est pas dénombrable.

Solution by Venus2

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:::On suppose connue la relation d’ordre sur les cardinaux (et Cantor Bernstein).

Soit ff l’application de P(N)P(\N) dans SNS_{\N} qui à une partie AA de N\N associe le produit des transpositions à supports disjoints (2n,2n+1),nA(2n,2n+1), n\in A. On vérifie que l’application ff est injective. Donc le cardinal de SNS_{\N} est supérieur ou égal au cardinal de P(N)P(\N) (définition de l’ordre sur les cardinaux). Le cardinal de P(N)P(\N) est égal au cardinal de R\R. Le cardinal de R\R est strictement supérieur à celui de N\N (théorème de Cantor, ie R\R n’est pas dénombrable). Donc SNS_{{\N}} n’est pas dénombrable (en fait on a montré un résultat plus fort : SNS_{\N} a au moins la puissance du continu).

:::Sans connaissance sur l’ordre sur les cardinaux.
Lemme. Il n’existe pas d’injection entre R\R (ou toute partie non au plus dénombrable de R\R, ou tout ensemble en bijection avec R\R) et N\N.
Supposons le contraire et soit jj une telle injection. Alors R\R est en bijection avec j(R)j(\R), et toute partie de N\N est au plus dénombrable, donc j(R)j(\R) est au plus dénombrable, donc R\R est au plus dénombrable, ce qui contredit le théorème de Cantor.

On rappelle que R\R est en bijection avec P(N)P(\N). Supposons que SNS_{\N} soit dénombrable. Alors f(P(N))f(P(\N)), qui est une partie non finie de SNS_{\N}, est dénombrable (on utilise ici que toute partie de cardinal infini de N\N (ou toit ensemble en bijection avec N\N) est dénombrable). D’après le lemme, on a alors une contradiction. Conclusion : SNS_{\N} n’est pas dénombrable.

:::

Solution by budleya

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Notons 2N2^\N l’ensemble des listes infinies à valeurs dans {0,1}\{0,1\} ; le sous-ensemble CC des listes constantes à partir d’un certain rang est dénombrable, donc Cˉ=2NC\bar C=2^{\N}-C n’est pas dénombrable.
A toute fSNf\in\mathcal S_{\N} on associe la liste u=(f(n)mod2)nN=fmod2u=\big(f(n) \mod 2\big)_{n\in \N}=f\mod 2 ; fuf\mapsto u surjecte ainsi SN\mathcal S_{\N} sur Cˉ\bar C qui n’est pas dénombrable ; donc SN\mathcal S_{\N} n’est pas dénombrable.

Une preuve possible que fuf\mapsto u surjecte SN\mathcal S_{\N} sur Cˉ\bar C

Pour antécédent de toute suite uCˉu\in\bar C on peut par exemple proposer f:NNf:\N\rightarrow\N définie par
f(n)=(2sn1)un+2(nsn)(1un) avec sn=i=0nuif(n)=(2s_{n}-1)u_{n} + 2(n-s_{n})(1-u_{n}) {\rm\ avec}\ s_{n}=\sum_{i=0}^{n}u_{i}On a
a) fmod2=uf\mod 2=u
b) ff est bijective car elle entrelarde les entiers impairs qu’elle positionne là où il y a des 11 dans uu et les entiers pairs là où il y a des 0 dans uu : Vérifiez si vous n’y croyez pas que la liste
u=u=(0,1,1,0,0,0,1,0,1,0,0,...)(0, 1,1,0,0,0,1,0,1,0,0,...) produit f=(0,1,3,2,4,6,5,8,7,10,12...)f=(0,1,3,2,4,6,5,8,7,10,12...)

ou rédigez proprement une récurrence : f(0)=u0,f(1)=u1f(0)=u_{0},f(1)=u_{1} et entre deux "1" (resp. "0") successifs séparés par un nombre quelconque de "0" (resp. "1") dans la suite uu, la valeur de ff augmente de 2.

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