L’ensemble des permutations de est-il dénombrable?
References
- Oral ENS 2019
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Cherchons intuitivement quelle pourrait être la solution:
Pour construire une permutation de :
- Pour , on a une infinité de choix
- Pour , on a encore une infinité de choix (toutes les valeurs sauf ).
- Pour , encore une infinité de choix, et ainsi de suite.
Chaque entier offre une infinité d’options indépendantes (ou presque). Le nombre total de "trajectoires" possibles pour la suite grandit à la manière d’un arbre dont chaque nœud a une infinité de branches. On chercherait donc plutôt à montrer que cet ensemble n’est pas dénombrable.
Pour cela, procédons par l’absurde en supposant l’ensemble des permutations dénombrable: si on réussit à construire une surjection de dans un ensemble non dénombrable, alors il y aura une contradiction. L’avantage de cette technique est que nous n’avons pas à construire une bijection.
Une idée à avoir pour construire cette surjection serait de caractériser les permutations: on pourrait par exemple considérer les points fixes ou bien les supports d’une permutation.
On rappelle qu’un support est "l’inverse" d’un point fixe, c’est à dire si , alors l’ensemble des supports de est .
On construit donc, en notant l’ensemble des singletons de :
Vérifions la surjectivité de :
Soit :
- Si , .
- Si contient au moins 2 éléments,
Si fini, , on définit le cycle , tel que
Si infini, il est dénombrable comme partie de , il existe donc une bijection , et on note pour tout entier, alors .
On définit la permutation , tel que
On retire les singletons car si ( est un singleton), aucune permutation ne peut avoir pour support car un unique élément ne peut pas être dérangé seul.
Il ne manque plus qu’à savoir si est dénombrable ou non. Intuitivement, est dénombrable et ne l’est pas, il y a donc peu de chances que retirer un ensemble dénombrable à un ensemble non dénombrable le rende dénombrable.
Montrons alors que n’est pas dénombrable par l’absurde:
Supposons dénombrable, alors est dénombrable (car est dénombrable), ce qui est contradictoire.
Donc n’est pas dénombrable.
On pourrait noter que ce résultat est en fait généralisable, comme on l’avait intuité:
Pour conclure: Si était dénombrable, alors son image par qui est serait dénombrable, ce qui est contradictoire.
Donc n’est pas dénombrable.
:::On suppose connue la relation d’ordre sur les cardinaux (et Cantor Bernstein).
Soit l’application de dans qui à une partie de associe le produit des transpositions à supports disjoints . On vérifie que l’application est injective. Donc le cardinal de est supérieur ou égal au cardinal de (définition de l’ordre sur les cardinaux). Le cardinal de est égal au cardinal de . Le cardinal de est strictement supérieur à celui de (théorème de Cantor, ie n’est pas dénombrable). Donc n’est pas dénombrable (en fait on a montré un résultat plus fort : a au moins la puissance du continu).
:::Sans connaissance sur l’ordre sur les cardinaux.
Lemme. Il n’existe pas d’injection entre (ou toute partie non au plus dénombrable de , ou tout ensemble en bijection avec ) et .
Supposons le contraire et soit une telle injection. Alors est en bijection avec , et toute partie de est au plus dénombrable, donc est au plus dénombrable, donc est au plus dénombrable, ce qui contredit le théorème de Cantor.
On rappelle que est en bijection avec . Supposons que soit dénombrable. Alors , qui est une partie non finie de , est dénombrable (on utilise ici que toute partie de cardinal infini de (ou toit ensemble en bijection avec ) est dénombrable). D’après le lemme, on a alors une contradiction. Conclusion : n’est pas dénombrable.
:::
Notons l’ensemble des listes infinies à valeurs dans ; le sous-ensemble des listes constantes à partir d’un certain rang est dénombrable, donc n’est pas dénombrable.
A toute on associe la liste ; surjecte ainsi sur qui n’est pas dénombrable ; donc n’est pas dénombrable.
Une preuve possible que surjecte sur
Pour antécédent de toute suite on peut par exemple proposer définie par
On a
a)
b) est bijective car elle entrelarde les entiers impairs qu’elle positionne là où il y a des dans et les entiers pairs là où il y a des 0 dans : Vérifiez si vous n’y croyez pas que la liste
produit
ou rédigez proprement une récurrence : et entre deux "1" (resp. "0") successifs séparés par un nombre quelconque de "0" (resp. "1") dans la suite , la valeur de augmente de 2.
