- Z avec t=∣⋅∣. La division euclidienne fournit a=bq+r avec 0⩽r<∣b∣, donc r=0 ou t(r)=r<∣b∣=t(b). Pour (ii), ∣ab∣=∣a∣∣b∣⩾∣a∣ car ∣b∣⩾1.
- R[X] avec t=deg. C’est la division euclidienne des polynômes, le degré du reste étant strictement inférieur à celui du diviseur. Pour (ii), deg(PQ)=degP+degQ⩾degP, l’intégrité de R garantissant l’additivité des degrés.
- Un corps K avec t≡0. Pour b=0, écrire a=b(b−1a)+0 : le reste est nul, la condition (i) est satisfaite. Et (ii) se lit 0⩾0. □
- Soit I un idéal de A. Si I={0}, alors I=(0). Sinon, l’ensemble t(I∖{0})⊆N est non vide et admet un plus petit élément : choisissons b∈I∖{0} avec t(b) minimal.
L’inclusion (b)⊆I est claire. Réciproquement, soit a∈I et a=bq+r la division de (i). Alors r=a−bq∈I puisque I est un idéal. Si r=0, on aurait t(r)<t(b) avec r∈I∖{0}, contredisant la minimalité. Donc r=0 et a∈(b).
Ainsi I=(b) : l’anneau A est principal. □
Montrons deux lemmes qui ne font intervenir que (i) et (ii), pas l’unicité.
Lemme 1. t(−a)=t(a) pour tout a=0.
Preuve. t(−a)=t(a⋅(−1))⩾t(a) par (ii), et symétriquement t(a)=t((−a)⋅(−1))⩾t(−a). □
Lemme 2. Pour a,b∈A∖{0} :
t(ab)=t(a)⟺b∈A×.
Preuve. Si b est inversible, (ii) donne t(ab)⩾t(a) et t(a)=t((ab)b−1)⩾t(ab), d’où l’égalité.
Réciproquement, supposons t(ab)=t(a) et divisons a par ab : a=abq+r. Si r=0, alors a(1−bq)=0, et l’intégrité jointe à a=0 donne bq=1, donc b∈A×. Sinon r=0 et t(r)<t(ab)=t(a) ; mais r=a(1−bq) avec 1−bq=0, donc (ii) impose t(r)⩾t(a), contradiction. □
En prenant a=1 dans le lemme 2, on obtient la forme générale de la question 3 :
A×={a∈A∖{0} : t(a)=t(1)},et de plus t(1)=mint, puisque (ii) avec a=1 donne t(b)⩾t(1) pour tout b=0.
Supposons t(1)=0 ; la formule ci-dessus donne exactement A×={u=0:t(u)=0}.
Réciproquement, si t(u)=0 avec u=0, divisons 1 par u : 1=uq+r. Le cas r=0 exigerait t(r)<t(u)=0, impossible dans N. Donc r=0 et uq=1. □
C’est ici que l’unicité intervient.
Soient a,b=0 avec c:=a+b=0, et supposons par l’absurde
t(c)>t(a)ett(c)>t(b).Divisons a par c de deux façons :
a=c⋅0+a,a=c⋅1+(−b),la seconde égalité venant de a−c=−b. Le premier reste vérifie a=0 et t(a)<t(c) : c’est une division valide. Le second vérifie −b=0 et, par le lemme 1, t(−b)=t(b)<t(c) : elle est valide aussi.
L’unicité du couple (q,r) force 0=1, ce qui est exclu dans un anneau intègre. Donc t(c)⩽max(t(a),t(b)). ■
a1,…,ak∈A ont une somme s=0, alors
t(s)⩽max{t(ai) : ai=0}.Récurrence sur k : en notant s′=a1+⋯+ak−1, les cas s′=0 et ak=0 sont immédiats, et sinon la question 4 s’applique à s=s′+ak.
- Posons m=t(1), de sorte que K={0}∪{a=0:t(a)=m} d’après le lemme 2.
- 0,1∈K.
- Produit : un produit d’inversibles est inversible, et 0⋅x=0.
- Opposé : t(−u)=t(u)=m par le lemme 1, donc −u∈K.
- Somme : soient u,v∈A×. Si u+v=0, la somme est dans K. Sinon, la question 4 donne t(u+v)⩽max(m,m)=m, et l’on sait que t⩾m partout : donc t(u+v)=m et u+v∈A×. Les cas où l’un des termes est nul sont triviaux.
- Inverses : si u∈A×, alors u−1∈A×⊆K.
Ainsi K est un sous-anneau dont tout élément non nul est inversible dans K : c’est un sous-corps de A. ■
- Si A=K, c’est un corps. Supposons donc A=K et choisissons x∈A∖K de valeur t(x)=:n1 minimale. Comme x n’est pas inversible, n1>m:=t(1).
Tout r avec r=0 ou t(r)<n1 appartient à K, par minimalité de n1. Les restes des divisions par x sont donc dans K.
Surjectivité de Φ:K[X]→A, X↦x. Montrons par récurrence forte sur t(a) que tout a∈A est polynomial en x à coefficients dans K. Le cas a∈K∪{0} est acquis ; sinon t(a)⩾n1>m, et la division a=xq+r donne r∈K et q=0. Or :
- t(xq)>t(q) par le lemme 2, puisque x∈/A× ;
- t(xq)⩽t(a) immédiat si r=0, et sinon xq=a+(−r) avec t(r)=m<t(a), donc la question 4 donne t(xq)⩽max(t(a),t(r))=t(a).
D’où t(q)<t(a), et l’hypothèse de récurrence appliquée à q conclut.
Injectivité. Le noyau de Φ est un idéal de K[X], donc kerΦ=(P) pour un P unitaire. Si P=0, le quotient K[X]/(P) est un K-espace vectoriel de dimension degP, donc fini si K l’est, argument à éviter. Plus simplement : Φ étant surjective, A≃K[X]/(P), et A est intègre, donc (P) est premier, donc P est irréductible et A serait un corps. Mais alors x∈A×=K×, contredisant x∈/K. Donc P=0 et Φ est injective.
Ainsi A≃K[X]. ■