Ivan Shishkin, Rye (1878)

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Division euclidienne unique et classification

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    • Z\mathbb{Z} avec t=t=|\cdot|. La division euclidienne fournit a=bq+ra=bq+r avec 0r<b0\leqslant r<|b|, donc r=0r=0 ou t(r)=r<b=t(b)t(r)=r<|b|=t(b). Pour (ii), ab=aba|ab|=|a|\,|b|\geqslant|a| car b1|b|\geqslant 1.
  • R[X]\mathbb{R}[X] avec t=degt=\deg. C’est la division euclidienne des polynômes, le degré du reste étant strictement inférieur à celui du diviseur. Pour (ii), deg(PQ)=degP+degQdegP\deg(PQ)=\deg P+\deg Q\geqslant\deg P, l’intégrité de R\mathbb{R} garantissant l’additivité des degrés.
  • Un corps K\mathbb{K} avec t0t\equiv 0. Pour b0b\neq 0, écrire a=b(b1a)+0a=b\,(b^{-1}a)+0 : le reste est nul, la condition (i) est satisfaite. Et (ii) se lit 000\geqslant 0. \square
  1. Soit II un idéal de AA. Si I={0}I=\{0\}, alors I=(0)I=(0). Sinon, l’ensemble t(I{0})Nt(I\setminus\{0\})\subseteq\mathbb{N} est non vide et admet un plus petit élément : choisissons bI{0}b\in I\setminus\{0\} avec t(b)t(b) minimal.
    L’inclusion (b)I(b)\subseteq I est claire. Réciproquement, soit aIa\in I et a=bq+ra=bq+r la division de (i). Alors r=abqIr=a-bq\in I puisque II est un idéal. Si r0r\neq 0, on aurait t(r)<t(b)t(r)<t(b) avec rI{0}r\in I\setminus\{0\}, contredisant la minimalité. Donc r=0r=0 et a(b)a\in(b).
    Ainsi I=(b)I=(b) : l’anneau AA est principal. \square

Montrons deux lemmes qui ne font intervenir que (i) et (ii), pas l’unicité.
Lemme 1. t(a)=t(a)t(-a)=t(a) pour tout a0a\neq 0.

Preuve. t(a)=t(a(1))t(a)t(-a)=t\bigl(a\cdot(-1)\bigr)\geqslant t(a) par (ii), et symétriquement t(a)=t((a)(1))t(a)t(a)=t\bigl((-a)\cdot(-1)\bigr)\geqslant t(-a). \square

Lemme 2. Pour a,bA{0}a,b\in A\setminus\{0\} :
t(ab)=t(a)    bA×.t(ab)=t(a)\iff b\in A^{\times}.

Preuve. Si bb est inversible, (ii) donne t(ab)t(a)t(ab)\geqslant t(a) et t(a)=t((ab)b1)t(ab)t(a)=t\bigl((ab)b^{-1}\bigr)\geqslant t(ab), d’où l’égalité.

Réciproquement, supposons t(ab)=t(a)t(ab)=t(a) et divisons aa par abab : a=abq+ra=abq+r. Si r=0r=0, alors a(1bq)=0a(1-bq)=0, et l’intégrité jointe à a0a\neq 0 donne bq=1bq=1, donc bA×b\in A^{\times}. Sinon r0r\neq 0 et t(r)<t(ab)=t(a)t(r)<t(ab)=t(a) ; mais r=a(1bq)r=a(1-bq) avec 1bq01-bq\neq 0, donc (ii) impose t(r)t(a)t(r)\geqslant t(a), contradiction. \square

En prenant a=1a=1 dans le lemme 2, on obtient la forme générale de la question 3 :
A×={aA{0} : t(a)=t(1)},A^{\times}=\bigl\{a\in A\setminus\{0\}\ :\ t(a)=t(1)\bigr\},et de plus t(1)=mintt(1)=\min t, puisque (ii) avec a=1a=1 donne t(b)t(1)t(b)\geqslant t(1) pour tout b0b\neq 0.

  1. Supposons t(1)=0t(1)=0 ; la formule ci-dessus donne exactement A×={u0:t(u)=0}A^{\times}=\{u\neq 0: t(u)=0\}.
    Réciproquement, si t(u)=0t(u)=0 avec u0u\neq 0, divisons 11 par uu : 1=uq+r1=uq+r. Le cas r0r\neq 0 exigerait t(r)<t(u)=0t(r)<t(u)=0, impossible dans N\mathbb{N}. Donc r=0r=0 et uq=1uq=1. \square

  2. C’est ici que l’unicité intervient.
    Soient a,b0a,b\neq 0 avec c:=a+b0c:=a+b\neq 0, et supposons par l’absurde
    t(c)>t(a)ett(c)>t(b).t(c)>t(a)\qquad\text{et}\qquad t(c)>t(b).Divisons aa par cc de deux façons :
    a=c0+a,a=c1+(b),a=c\cdot 0+a,\qquad\qquad a=c\cdot 1+(-b),la seconde égalité venant de ac=ba-c=-b. Le premier reste vérifie a0a\neq 0 et t(a)<t(c)t(a)<t(c) : c’est une division valide. Le second vérifie b0-b\neq 0 et, par le lemme 1, t(b)=t(b)<t(c)t(-b)=t(b)<t(c) : elle est valide aussi.
    L’unicité du couple (q,r)(q,r) force 0=10=1, ce qui est exclu dans un anneau intègre. Donc t(c)max(t(a),t(b))t(c)\leqslant\max(t(a),t(b)). \blacksquare

a1,,akAa_1,\dots,a_k\in A ont une somme s0s\neq 0, alors
t(s)max{t(ai) : ai0}.t(s)\leqslant\max\bigl\{t(a_i)\ :\ a_i\neq 0\bigr\}.Récurrence sur kk : en notant s=a1++ak1s'=a_1+\cdots+a_{k-1}, les cas s=0s'=0 et ak=0a_k=0 sont immédiats, et sinon la question 4 s’applique à s=s+aks=s'+a_k.

  1. Posons m=t(1)m=t(1), de sorte que K={0}{a0:t(a)=m}\mathbb{K}=\{0\}\cup\{a\neq 0: t(a)=m\} d’après le lemme 2.
  • 0,1K0,1\in\mathbb{K}.
  • Produit : un produit d’inversibles est inversible, et 0x=00\cdot x=0.
  • Opposé : t(u)=t(u)=mt(-u)=t(u)=m par le lemme 1, donc uK-u\in\mathbb{K}.
  • Somme : soient u,vA×u,v\in A^{\times}. Si u+v=0u+v=0, la somme est dans K\mathbb{K}. Sinon, la question 4 donne t(u+v)max(m,m)=mt(u+v)\leqslant\max(m,m)=m, et l’on sait que tmt\geqslant m partout : donc t(u+v)=mt(u+v)=m et u+vA×u+v\in A^{\times}. Les cas où l’un des termes est nul sont triviaux.
  • Inverses : si uA×u\in A^{\times}, alors u1A×Ku^{-1}\in A^{\times}\subseteq\mathbb{K}.

Ainsi K\mathbb{K} est un sous-anneau dont tout élément non nul est inversible dans K\mathbb{K} : c’est un sous-corps de AA. \blacksquare

  1. Si A=KA=\mathbb{K}, c’est un corps. Supposons donc AKA\neq\mathbb{K} et choisissons xAKx\in A\setminus\mathbb{K} de valeur t(x)=:n1t(x)=:n_1 minimale. Comme xx n’est pas inversible, n1>m:=t(1)n_1>m:=t(1).
    Tout rr avec r=0r=0 ou t(r)<n1t(r)<n_1 appartient à K\mathbb{K}, par minimalité de n1n_1. Les restes des divisions par xx sont donc dans K\mathbb{K}.

Surjectivité de Φ:K[X]A\Phi:\mathbb{K}[X]\to A, XxX\mapsto x. Montrons par récurrence forte sur t(a)t(a) que tout aAa\in A est polynomial en xx à coefficients dans K\mathbb{K}. Le cas aK{0}a\in\mathbb{K}\cup\{0\} est acquis ; sinon t(a)n1>mt(a)\geqslant n_1>m, et la division a=xq+ra=xq+r donne rKr\in\mathbb{K} et q0q\neq 0. Or :

  • t(xq)>t(q)t(xq)>t(q) par le lemme 2, puisque xA×x\notin A^{\times} ;
  • t(xq)t(a)t(xq)\leqslant t(a) immédiat si r=0r=0, et sinon xq=a+(r)xq=a+(-r) avec t(r)=m<t(a)t(r)=m<t(a), donc la question 4 donne t(xq)max(t(a),t(r))=t(a)t(xq)\leqslant\max(t(a),t(r))=t(a).
    D’où t(q)<t(a)t(q)<t(a), et l’hypothèse de récurrence appliquée à qq conclut.

Injectivité. Le noyau de Φ\Phi est un idéal de K[X]\mathbb{K}[X], donc kerΦ=(P)\ker\Phi=(P) pour un PP unitaire. Si P0P\neq 0, le quotient K[X]/(P)\mathbb{K}[X]/(P) est un K\mathbb{K}-espace vectoriel de dimension degP\deg P, donc fini si K\mathbb{K} l’est, argument à éviter. Plus simplement : Φ\Phi étant surjective, AK[X]/(P)A\simeq\mathbb{K}[X]/(P), et AA est intègre, donc (P)(P) est premier, donc PP est irréductible et AA serait un corps. Mais alors xA×=K×x\in A^{\times}=\mathbb{K}^{\times}, contredisant xKx\notin\mathbb{K}. Donc P=0P=0 et Φ\Phi est injective.

Ainsi AK[X]A\simeq\mathbb{K}[X]. \blacksquare

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