Ivan Shishkin, Rye (1878)

Problems/Compact setReviewed

L’échappatoire de l’infini

by AilDesOurs·
44
Difficulty scaleÉchelle de difficulté

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  1. 1–10First steps / middle schoolPremiers pas / collège
  2. 11–25Beginner / high schoolDébutant / lycée
  3. 26–50Intermediate / undergraduateIntermédiaire / licence
  4. 51–70Advanced / graduateAvancé / master
  5. 71–90Expert / specializedExpert / spécialisé
  6. 91–100Research levelNiveau recherche
These levels are approximate guides.Ces niveaux sont des repères approximatifs.
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Soit EE un espace vectoriel normé réel de dimension infinie et K⊂EK \subset E un compact.

  1. Montrer que E\KE \backslash K est connexe par arcs.
  2. Donner un contre-exemple en dimension finie.

Note : ce résultat montre que les compacts d’un espace de dimension infinie ne peuvent pas séparer l’espace en différentes zones. On peut toujours les contourner !

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References

  1. Serge Francinou, Hervé Gianella, Serge Nicolas — Oraux X-ENS — Analyse 3
Details

D'après Oraux X-ENS, analyse 3, S.Francinou,H.Gianella,S.Nicolas, Cassini

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Solution by Aimeric

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Une autre solution à la question 1. :

L’idée est de faire fuir les points à l’infini. Relier directement deux points xx et yy de E∖KE\setminus K obligerait à contourner KK, ce qui est difficile à contrôler. On préfère leur donner rendez-vous « à l’infini », où il y a toute la place voulue. La région UU « à l’infini » évite KK, est connexe par arcs, et tout point de E∖KE\setminus K peut la rejoindre en ligne droite sans rencontrer KK : elle joue le rôle d’une partie « étoilante ». Toute la difficulté est de trouver, depuis un point xx donné, une direction de fuite qui ne heurte pas KK. C’est là, et seulement là, qu’intervient la dimension infinie.

(B(a,r)B(a,r) désigne la boule ouverte de centre aa et de rayon rr, S(a,r)S(a,r) la sphère correspondante, et S=S(0,1)S=S(0,1).)

(1) Comme EE est de dimension infinie, sa sphère unité SS n’est pas compacte. En effet, d’après le théorème de Riesz, la boule unité fermée Bf(0,1)B_f(0,1) n’est pas compacte. Si SS était compacte, [0 ; 1]×S[0\ ;\ 1]\times S le serait aussi (produit de compacts), donc aussi son image par l’application continue (λ,u)↦λu(\lambda,u)\mapsto\lambda u. Or cette image est toute la boule, car tout y≠0y\neq 0 s’écrit ∥y∥⋅y∥y∥\lVert y\rVert\cdot\frac{y}{\lVert y\rVert} (et 0=0⋅u0=0\cdot u) :

{λu : λ∈[0 ; 1], u∈S}⏟serait compact=Bf(0,1)⏟non compacte\underbrace{\big\lbrace \lambda u \ : \ \lambda\in[0\ ;\ 1],\ u\in S \big\rbrace}_{\text{serait compact}} = \underbrace{B_f(0,1)}_{\text{non compacte}}

Contradiction. Enfin S(x,1)=x+SS(x,1)=x+S est l’image de SS par une translation, qui est un homéomorphisme : aucune sphère S(x,1)S(x,1) n’est compacte.

(2) KK est compact, donc borné : il existe M>0M>0 tel que K⊂B(0,M)K\subset B(0,M). Posons

U=E∖B(0,M)={y∈E : ∥y∥⩾M} ⊂ E∖KU=E\setminus B(0,M)=\big\lbrace y\in E \ : \ \lVert y\rVert\geqslant M\big\rbrace\ \subset\ E\setminus K

(3) UU est connexe par arcs. Soient y,z∈Uy,z\in U.

(a) Si 0∉[y ; z]0\notin[y\ ;\ z], le chemin

[0 ; 1]∋t⟼((1−t)∥y∥+t∥z∥)(1−t)y+tz∥(1−t)y+tz∥[0\ ;\ 1]\ni t\longmapsto \big((1-t)\lVert y\rVert+t\lVert z\rVert\big)\frac{(1-t)y+tz}{\lVert(1-t)y+tz\rVert}

convient : il est continu (le dénominateur ne s’annule pas), relie yy à zz, et sa norme reste ⩾M\geqslant M. C’est le segment [y ; z][y\ ;\ z] repoussé radialement hors de la boule.

(b) Sinon, yy et zz sont colinéaires. Comme dim⁡E⩾2\dim E\geqslant 2, il existe u∈Uu\in U non colinéaire à yy : alors 0∉[y ; u]0\notin[y\ ;\ u] et 0∉[u ; z]0\notin[u\ ;\ z], et on concatène les deux chemins donnés par (a).

(4) Voici l’idée de cette étape. Plaçons-nous en xx et regardons dans toutes les directions. KK projette alors une « ombre » sur la sphère S(x,1)S(x,1) des directions issues de xx : c’est l’ensemble des directions dans lesquelles le regard finit par heurter KK. Une direction hors de cette ombre est une voie de fuite. On peut partir tout droit sans jamais rencontrer KK, et comme on s’éloigne indéfiniment, on finit forcément dans UU.
En dimension finie, un compact peut encercler xx, et son ombre recouvre alors toute la sphère (c’est la couronne de la question 2.). En dimension infinie, c’est impossible : l’ombre de KK est compacte, alors que la sphère ne l’est pas. Elle est « trop grosse » pour être recouverte par l’image d’un compact. Heuristiquement, un compact est « presque de dimension finie » : il ne peut pas boucher toutes les directions d’un espace qui en offre une infinité d’indépendantes.

Formalisons. Soit x∈E∖Kx\in E\setminus K. Montrons

Soit x∈E∖Kx\in E\setminus K. Montrons

∃d∈S:{x+td : t⩾0}⊂E∖K(∗)\exists d\in S \quad : \quad \big\lbrace x+td \ : \ t\geqslant 0\big\rbrace\subset E\setminus K \qquad (\ast)

Projetons E∖{x}E\setminus\lbrace x\rbrace sur la sphère S(x,1)S(x,1) :

π:E∖{x}⟶S(x,1),y⟼x+y−x∥y−x∥\pi : E\setminus\lbrace x\rbrace\longrightarrow S(x,1),\qquad y\longmapsto x+\frac{y-x}{\lVert y-x\rVert}

π\pi est continue, et K⊂E∖{x}K\subset E\setminus\lbrace x\rbrace puisque x∉Kx\notin K. Donc π(K)\pi(K) est compact, comme image continue d’un compact, alors que S(x,1)S(x,1) ne l’est pas d’après (1). Il existe donc un point x+d∈S(x,1)∖π(K)x+d\in S(x,1)\setminus\pi(K), avec ∥d∥=1\lVert d\rVert=1.
Ce dd vérifie (∗)(\ast) : d’une part x∉Kx\notin K, d’autre part pour tout t>0t>0,

π(x+td)=x+d∉π(K),doncx+td∉K\pi(x+td)=x+d\notin\pi(K), \qquad \text{donc} \quad x+td\notin K

Enfin, en suivant cette direction, on finit forcément dans UU : pour T=M+∥x∥T=M+\lVert x\rVert,

∥x+Td∥⩾T∥d∥−∥x∥=M\lVert x+Td\rVert\geqslant T\lVert d\rVert-\lVert x\rVert=M

Le chemin [0 ; T]∋t↦x+td[0\ ;\ T]\ni t\mapsto x+td relie donc xx à un point x′∈Ux'\in U en restant dans E∖KE\setminus K.

(5) Conclusion : soient x,y∈E∖Kx,y\in E\setminus K. L’étape (4) fournit x′,y′∈Ux',y'\in U, et l’étape (3) un chemin de x′x' à y′y' dans U⊂E∖KU\subset E\setminus K. On rejoint xx à yy en évitant KK en concaténant :

x ⟶ x′⏟rayon (4) ⟶ y′⏟dans U (3) ⟶ y⏟rayon (4) parcouru aˋ l’enversx\ \underbrace{\longrightarrow\ x'}_{\text{rayon (4)}}\ \underbrace{\longrightarrow\ y'}_{\text{dans } U\text{ (3)}}\ \underbrace{\longrightarrow\ y}_{\text{rayon (4) parcouru à l'envers}}

Ceci termine la preuve : E∖KE\setminus K est connexe par arcs.

Une solution à la question 2. :

Une couronne suffit. Dans E=RnE=\mathbb{R}^n (n⩾1n\geqslant 1, muni d’une norme quelconque), posons

K={y∈Rn : 1⩽∥y∥⩽2}K=\big\lbrace y\in\mathbb{R}^n \ : \ 1\leqslant\lVert y\rVert\leqslant 2\big\rbrace

KK est fermé et borné en dimension finie, donc compact. Le point 00 est coincé : il ne peut pas rejoindre un point zz de norme 33. En effet, si γ:[0 ; 1]→E∖K\gamma : [0\ ;\ 1]\to E\setminus K était un chemin continu de 00 à zz, la fonction f=∥γ∥f=\lVert\gamma\rVert serait continue avec f(0)=0f(0)=0 et f(1)=3f(1)=3. Par le théorème des valeurs intermédiaires, il existerait tt tel que f(t)=32f(t)=\tfrac32, c’est-à-dire γ(t)∈K\gamma(t)\in K : absurde. Donc E∖KE\setminus K n’est pas connexe par arcs.

Remarque : c’est exactement l’étape (1) qui tombe en dimension finie. Pour x=0x=0, la projection π(K)\pi(K) recouvre toute la sphère S(0,1)S(0,1) : aucune direction de fuite n’est possible. En dimension infinie, (1) interdit précisément ce phénomène : un compact ne peut jamais recouvrir toute une sphère.

Solution by Oakiwi

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Une solution à la question 1.\bf 1. :
(1) Comme EE est de dimension infinie, sa sphère unité n’est pas compacte : elle possède une suite (sn)(s_{n}) n’ayant pas de valeur d’adhérence.
(2) Soient p,q∈E∖Kp,q \in E\setminus K. Rejoignons pp et qq par un chemin tracé dans E∖KE\setminus K.
(a) Si [p  ;  q]⊂E∖K\left[ p \; ; \; q \right] \subset E\setminus K, le chemin [0  ;  1]∋t↦p+t(q−p)\left[0 \; ; \; 1 \right] \ni t \mapsto p +t\left(q-p\right) convient, ce par définition de [p  ;  q][p\; ; \; q]
(b) Sinon, puisque E∖KE\setminus K est ouvert, on peut trouver un r>0r>0 tel que B(p,r)∪B(q,r)⊂E∖KB(p,r)\cup B(q,r) \subset E\setminus K.

(B(p,r)B(p,r) désigne la boule ouverte de centre pp et de rayon rr pour la norme sur EE, etc.)

Montrons
∃N∈N:[p+rsN  ;  q+rsN]⊂E∖K(∗)\exists N \in \mathbb{N}\quad : \quad [p+rs_{N}\; ; \; q+rs_{N}] \subset E\setminus K\quad\quad (\ast) En effet dans le cas contraire, on aurait
∀n∈N,∃0≤tn≤1:p+rsn+(q−p)tn∈K\forall n \in \mathbb{N},\quad \exists 0\leq t_n\leq 1 \quad : \quad p+rs_n+(q-p)t_n \in K Mais alors les suites (tn)∈[0  ;  1]N\left(t_{n}\right)\in \left[0\; ; \;1\right]^{\mathbb{N}} et (p+rsn+tn(q−p))∈KN\left(p+rs_n+t_n(q-p)\right) \in K^{\mathbb{N}} vivent toutes deux dans des parties compactes de leur espace ambient. Quitte à extraire deux fois, on peut trouver une extractrice φ\varphi telle que (tφ(n))(t_{\varphi(n)}) et (p+rsφ(n)+tφ(n)(q−p))\left(p+rs_\varphi(n)+t_{\varphi(n)}(q-p)\right) convergent.
Or pour tout entier nn,
sφ(n)=1r[(p+rsφ(n)+tφ(n)(q−p))⏟Converge−tφ(n)(p+(q−p))⏟Converge]s_{\varphi(n)}=\dfrac{1}{r} \left[ \underset{\text{Converge}}{\underbrace{\left(p+rs_\varphi(n)+t_{\varphi(n)}(q-p)\right)}}- \underset{\text{Converge}}{\underbrace{ t_{\varphi(n)}\left(p+\left(q-p\right)\right) }}\right] Cela contredit la propriété de la suite (sn)(s_{n}). La propriété (∗)(\ast) est donc démontrée.
Conclusion du cas (b) : on a construit un segment évitant KK et rejoignant un élément pNp_{N} de la partie convexe B(p,r)B(p,r) à un élément qNq_{N} de la partie convexe B(q,r)B(q,r). On rejoint pp à qq en évitant KK en concaténant les segments [p  ;  pN][p\; ; \; p_{N}], [pN  ;  qN][p_{N}\; ; \; q_{N}] et [qN  ;  q][q_{N}\; ; \; q].

Ceci termine la preuve globale.

Remarque : la propriété (∗)(\ast) est en fait vérifiée par une infinité de NN (examiner la preuve ci-dessus) : il existe une infinité de translatés du segment [p  ;  q][p\; ; \; q] qui ne rencontrent pas KK !

Une solution à la question 2.\bf 2. :
En dimension finie, B(0,2)‾∖B(0,1)\overline{B\left(0,2\right)}\setminus B\left(0,1\right) est compacte, et son complémentaire ne l’est pas. Un dessin en dimension 1 ou 2 aide à s’en rendre compte.

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