Soit un espace vectoriel normé réel de dimension infinie et un compact.
- Montrer que est connexe par arcs.
- Donner un contre-exemple en dimension finie.
Note : ce résultat montre que les compacts d’un espace de dimension infinie ne peuvent pas séparer l’espace en différentes zones. On peut toujours les contourner !
References
- Serge Francinou, Hervé Gianella, Serge Nicolas — Oraux X-ENS — Analyse 3
Hints
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Solutions
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Une autre solution à la question 1. :
L’idée est de faire fuir les points à l’infini. Relier directement deux points et de obligerait à contourner , ce qui est difficile à contrôler. On préfère leur donner rendez-vous « à l’infini », où il y a toute la place voulue. La région « à l’infini » évite , est connexe par arcs, et tout point de peut la rejoindre en ligne droite sans rencontrer : elle joue le rôle d’une partie « étoilante ». Toute la difficulté est de trouver, depuis un point donné, une direction de fuite qui ne heurte pas . C’est là, et seulement là, qu’intervient la dimension infinie.
( désigne la boule ouverte de centre et de rayon , la sphère correspondante, et .)
(1) Comme est de dimension infinie, sa sphère unité n’est pas compacte. En effet, d’après le théorème de Riesz, la boule unité fermée n’est pas compacte. Si était compacte, le serait aussi (produit de compacts), donc aussi son image par l’application continue . Or cette image est toute la boule, car tout s’écrit (et ) :
Contradiction. Enfin est l’image de par une translation, qui est un homéomorphisme : aucune sphère n’est compacte.
(2) est compact, donc borné : il existe tel que . Posons
(3) est connexe par arcs. Soient .
(a) Si , le chemin
convient : il est continu (le dénominateur ne s’annule pas), relie à , et sa norme reste . C’est le segment repoussé radialement hors de la boule.
(b) Sinon, et sont colinéaires. Comme , il existe non colinéaire à : alors et , et on concatène les deux chemins donnés par (a).
(4) Voici l’idée de cette étape. Plaçons-nous en et regardons dans toutes les directions. projette alors une « ombre » sur la sphère des directions issues de : c’est l’ensemble des directions dans lesquelles le regard finit par heurter . Une direction hors de cette ombre est une voie de fuite. On peut partir tout droit sans jamais rencontrer , et comme on s’éloigne indéfiniment, on finit forcément dans .
En dimension finie, un compact peut encercler , et son ombre recouvre alors toute la sphère (c’est la couronne de la question 2.). En dimension infinie, c’est impossible : l’ombre de est compacte, alors que la sphère ne l’est pas. Elle est « trop grosse » pour être recouverte par l’image d’un compact. Heuristiquement, un compact est « presque de dimension finie » : il ne peut pas boucher toutes les directions d’un espace qui en offre une infinité d’indépendantes.
Formalisons. Soit . Montrons
Soit . Montrons
Projetons sur la sphère :
est continue, et puisque . Donc est compact, comme image continue d’un compact, alors que ne l’est pas d’après (1). Il existe donc un point , avec .
Ce vérifie : d’une part , d’autre part pour tout ,
Enfin, en suivant cette direction, on finit forcément dans : pour ,
Le chemin relie donc à un point en restant dans .
(5) Conclusion : soient . L’étape (4) fournit , et l’étape (3) un chemin de à dans . On rejoint à en évitant en concaténant :
Ceci termine la preuve : est connexe par arcs.
Une solution à la question 2. :
Une couronne suffit. Dans (, muni d’une norme quelconque), posons
est fermé et borné en dimension finie, donc compact. Le point est coincé : il ne peut pas rejoindre un point de norme . En effet, si était un chemin continu de à , la fonction serait continue avec et . Par le théorème des valeurs intermédiaires, il existerait tel que , c’est-à-dire : absurde. Donc n’est pas connexe par arcs.
Remarque : c’est exactement l’étape (1) qui tombe en dimension finie. Pour , la projection recouvre toute la sphère : aucune direction de fuite n’est possible. En dimension infinie, (1) interdit précisément ce phénomène : un compact ne peut jamais recouvrir toute une sphère.
Boule unite Ferme n est pas compacte
Une solution à la question :
(1) Comme est de dimension infinie, sa sphère unité n’est pas compacte : elle possède une suite n’ayant pas de valeur d’adhérence.
(2) Soient . Rejoignons et par un chemin tracé dans .
(a) Si , le chemin convient, ce par définition de
(b) Sinon, puisque est ouvert, on peut trouver un tel que .
( désigne la boule ouverte de centre et de rayon pour la norme sur , etc.)
Montrons
En effet dans le cas contraire, on aurait
Mais alors les suites et vivent toutes deux dans des parties compactes de leur espace ambient. Quitte à extraire deux fois, on peut trouver une extractrice telle que et convergent.
Or pour tout entier ,
Cela contredit la propriété de la suite . La propriété est donc démontrée.
Conclusion du cas (b) : on a construit un segment évitant et rejoignant un élément de la partie convexe à un élément de la partie convexe . On rejoint à en évitant en concaténant les segments , et .
Ceci termine la preuve globale.
Remarque : la propriété est en fait vérifiée par une infinité de (examiner la preuve ci-dessus) : il existe une infinité de translatés du segment qui ne rencontrent pas !
Une solution à la question :
En dimension finie, est compacte, et son complémentaire ne l’est pas. Un dessin en dimension 1 ou 2 aide à s’en rendre compte.
