Supposons A=BC avec B2=C2=I3 et posons D=BA. Alors B−1=B, et
BC=A⟺C=BA=D,C2=I3⟺(BA)2=I3.Comme (BA)2=I3 équivaut à BAB=A−1, c’est-à-dire à BAB−1=A−1, on obtient l’équivalence
∃B,C, A=BC, B2=C2=I3⟺∃B, B2=I3 et BAB−1=A−1.Autrement dit : A est produit de deux involutions si et seulement si A est conjuguée à A−1 par une involution. Le sens facile de l’exercice est immédiat ; toute la difficulté est de passer d’une conjugaison quelconque à une conjugaison involutive.
Sens facile
Si A=BC avec B2=C2=I3, alors B et C sont inversibles, égales à leur inverse, et
BAB−1=B(BC)B=(B2)CB=CB=C−1B−1=(BC)−1=A−1.Donc A et A−1 sont semblables. Cet argument ne fait intervenir ni la dimension ni le corps de base. □
Pour la récirpoque procédons en 3 étapes.
Étape 1 : Le polynôme caractéristique est réciproque
Supposons désormais A∼A−1. On a χA=χA−1. Or, pour toute M∈GL3(R),
χM−1(X)=det(XI3−M−1)=det(M−1)det(XM−I3)=−detMX3χM(X1).En écrivant χA=X3−aX2+bX−c avec c=detA, il vient X3χA(1/X)=1−aX+bX2−cX3, donc
χA−1(X)=X3−cbX2+caX−c1.L’égalité χA=χA−1 donne c2=1 et b=εa, où l’on pose ε=c=detA∈{−1,1}. Ainsi
χA=X3−aX2+εaX−ε pour un a∈R.On dit que ce polynôme est réciproque au sens suivant : en notant P♯(X)=P(0)X3P(1/X) le réciproque normalisé, un calcul direct donne χA♯=χA.
Retenons aussi la conséquence sur les racines : λ est racine de χA de multiplicité m si et seulement si 1/λ l’est aussi, avec la même multiplicité.
Étape 2 : Cas où A est cyclique
Supposons μA=χA. Il existe alors un vecteur v tel que B=(v, Av, A2v) soit une base de R3. Les vecteurs v, A−1v, A−2v en forment une autre, puisque ce sont les images de B par l’application inversible A−2, à l’ordre près.
Soit B l’unique endomorphisme de R3 défini sur la base B par
B(Akv)=A−kv(k=0,1,2).Il suffit de tester l’égalité sur B. Pour k=0 et k=1, les deux membres valent respectivement A−1v et A−2v, par définition de B. Pour k=2, le théorème de Cayley–Hamilton et l’étape 1 donnent A3=aA2−εaA+εI3, d’où
BA(A2v)=B(A3v)=aA−2v−εaA−1v+εv,tandis que A−1B(A2v)=A−3v. Ces deux vecteurs coïncident : en multipliant l’égalité voulue par A3, elle devient v=aAv−εaA2v+εA3v, et en y reportant εA3=εaA2−aA+I3 (obtenu en multipliant Cayley–Hamilton par ε, avec ε2=1), tous les termes se simplifient pour laisser v=v.
De BA=A−1B on tire AB=BA−1, puis par récurrence BA−k=AkB. Donc, pour k=0,1,2,
B2(Akv)=B(A−kv)=AkBv=Akv,et B2 coïncide avec l’identité sur une base. □
Étape 3 : Cas où A n’est pas cyclique
Il reste degμA⩽2.
Si degμA=1. Alors A=λI3, donc A−1=λ−1I3 ; deux matrices scalaires semblables sont égales, d’où λ2=1 et A2=I3. On prend B=A et C=I3.
Si degμA=2. Le polynôme μA a les mêmes racines que χA, qui est réel de degré 3 donc possède une racine réelle ; si μA était irréductible sur R, toutes les racines de χA seraient complexes non réelles, ce qui est exclu. Donc μA=(X−λ)(X−ν) avec λ,ν∈R.
Si λ=ν : A est diagonalisable et χA=(X−λ)2(X−ν) quitte à échanger les noms. Par l’étape 1, 1/λ est racine de multiplicité 2, donc 1/λ=λ ; puis 1/ν est racine simple, donc 1/ν=ν. Ainsi λ,ν∈{−1,1} et A2=I3 : on prend B=A, C=I3.
Si λ=ν : alors χA=(X−λ)3 et λ=1/λ, donc λ=ε∈{−1,1}. Posons N=εA−I3, de sorte que
A=ε(I3+N),N=0,N2=0,A−1=ε(I3−N).Choisissons u avec Nu=0 et posons e1=Nu, e2=u, puis e3∈kerN non colinéaire à e1 (possible, kerN étant un plan contenant e1). La famille (e1,e2,e3) est une base, dans laquelle N=E12. La matrice B=diag(1,−1,1) dans cette base vérifie B2=I3 et BNB=−N, donc
BAB=ε(I3−N)=A−1.□En posant C=BA, on obtient BC=A et C2=(BAB)A=A−1A=I3. Combiné au sens facile, cela établit l’équivalence annoncée. ■
Généralisation. Le résultat vaut en toute dimension et sur tout corps de caractéristique =2.