Ivan Shishkin, Rye (1878)

Discussions

Matrices semblables à leurs inverses

0 messages

Solution

Solution by visitor · FR

Supposons A=BCA=BC avec B2=C2=I3B^{2}=C^{2}=I_3 et posons D=BAD=BA. Alors B1=BB^{-1}=B, et
BC=A    C=BA=D,C2=I3    (BA)2=I3.BC=A \iff C=BA=D,\qquad C^{2}=I_3\iff (BA)^{2}=I_3 .Comme (BA)2=I3(BA)^{2}=I_3 équivaut à BAB=A1BAB=A^{-1}, c’est-à-dire à BAB1=A1BAB^{-1}=A^{-1}, on obtient l’équivalence
B,C, A=BC, B2=C2=I3B, B2=I3 et BAB1=A1.\exists\,B,C,\ A=BC,\ B^{2}=C^{2}=I_3\quad\Longleftrightarrow\quad \exists\,B,\ B^{2}=I_3 \text{ et } BAB^{-1}=A^{-1}.Autrement dit : AA est produit de deux involutions si et seulement si AA est conjuguée à A1A^{-1} par une involution. Le sens facile de l’exercice est immédiat ; toute la difficulté est de passer d’une conjugaison quelconque à une conjugaison involutive.

Sens facile

Si A=BCA=BC avec B2=C2=I3B^{2}=C^{2}=I_3, alors BB et CC sont inversibles, égales à leur inverse, et
BAB1=B(BC)B=(B2)CB=CB=C1B1=(BC)1=A1.BAB^{-1}=B(BC)B=(B^{2})CB=CB=C^{-1}B^{-1}=(BC)^{-1}=A^{-1}.Donc AA et A1A^{-1} sont semblables. Cet argument ne fait intervenir ni la dimension ni le corps de base. \square

Pour la récirpoque procédons en 3 étapes.

Étape 1 : Le polynôme caractéristique est réciproque

Supposons désormais AA1A\sim A^{-1}. On a χA=χA1\chi_A=\chi_{A^{-1}}. Or, pour toute MGL3(R)M\in\mathrm{GL}_3(\mathbb{R}),
χM1(X)=det(XI3M1)=det(M1)det(XMI3)=X3detMχM ⁣(1X).\chi_{M^{-1}}(X)=\det(XI_3-M^{-1})=\det(M^{-1})\det(XM-I_3)=-\frac{X^{3}}{\det M}\,\chi_M\!\left(\frac1X\right).En écrivant χA=X3aX2+bXc\chi_A=X^{3}-aX^{2}+bX-c avec c=detAc=\det A, il vient X3χA(1/X)=1aX+bX2cX3X^{3}\chi_A(1/X)=1-aX+bX^{2}-cX^{3}, donc
χA1(X)=X3bcX2+acX1c.\chi_{A^{-1}}(X)=X^{3}-\frac{b}{c}X^{2}+\frac{a}{c}X-\frac1c .L’égalité χA=χA1\chi_A=\chi_{A^{-1}} donne c2=1c^{2}=1 et b=εab=\varepsilon a, où l’on pose ε=c=detA{1,1}\varepsilon=c=\det A\in\{-1,1\}. Ainsi
 χA=X3aX2+εaXε pour un aR.\boxed{\ \chi_A=X^{3}-aX^{2}+\varepsilon a X-\varepsilon\ }\qquad\text{pour un } a\in\mathbb{R}.On dit que ce polynôme est réciproque au sens suivant : en notant P(X)=X3P(1/X)P(0)P^{\sharp}(X)=\dfrac{X^{3}P(1/X)}{P(0)} le réciproque normalisé, un calcul direct donne χA=χA\chi_A^{\sharp}=\chi_A.

Retenons aussi la conséquence sur les racines : λ\lambda est racine de χA\chi_A de multiplicité mm si et seulement si 1/λ1/\lambda l’est aussi, avec la même multiplicité.

Étape 2 : Cas où AA est cyclique

Supposons μA=χA\mu_A=\chi_A. Il existe alors un vecteur vv tel que B=(v, Av, A2v)\mathcal{B}=\bigl(v,\ Av,\ A^{2}v\bigr) soit une base de R3\mathbb{R}^{3}. Les vecteurs vv, A1vA^{-1}v, A2vA^{-2}v en forment une autre, puisque ce sont les images de B\mathcal{B} par l’application inversible A2A^{-2}, à l’ordre près.
Soit BB l’unique endomorphisme de R3\mathbb{R}^{3} défini sur la base B\mathcal{B} par
B(Akv)=Akv(k=0,1,2).B(A^{k}v)=A^{-k}v\qquad (k=0,1,2).Il suffit de tester l’égalité sur B\mathcal{B}. Pour k=0k=0 et k=1k=1, les deux membres valent respectivement A1vA^{-1}v et A2vA^{-2}v, par définition de BB. Pour k=2k=2, le théorème de Cayley–Hamilton et l’étape 1 donnent A3=aA2εaA+εI3A^{3}=aA^{2}-\varepsilon aA+\varepsilon I_3, d’où
BA(A2v)=B(A3v)=aA2vεaA1v+εv,BA(A^{2}v)=B(A^{3}v)=a\,A^{-2}v-\varepsilon a\,A^{-1}v+\varepsilon\,v,tandis que A1B(A2v)=A3vA^{-1}B(A^{2}v)=A^{-3}v. Ces deux vecteurs coïncident : en multipliant l’égalité voulue par A3A^{3}, elle devient v=aAvεaA2v+εA3vv=aAv-\varepsilon a A^{2}v+\varepsilon A^{3}v, et en y reportant εA3=εaA2aA+I3\varepsilon A^{3}=\varepsilon aA^{2}-aA+I_3 (obtenu en multipliant Cayley–Hamilton par ε\varepsilon, avec ε2=1\varepsilon^{2}=1), tous les termes se simplifient pour laisser v=vv=v.
De BA=A1BBA=A^{-1}B on tire AB=BA1AB=BA^{-1}, puis par récurrence BAk=AkBBA^{-k}=A^{k}B. Donc, pour k=0,1,2k=0,1,2,
B2(Akv)=B(Akv)=AkBv=Akv,B^{2}(A^{k}v)=B(A^{-k}v)=A^{k}Bv=A^{k}v,et B2B^{2} coïncide avec l’identité sur une base. \square

Étape 3 : Cas où AA n’est pas cyclique

Il reste degμA2\deg\mu_A\leqslant 2.
Si degμA=1\deg\mu_A=1. Alors A=λI3A=\lambda I_3, donc A1=λ1I3A^{-1}=\lambda^{-1}I_3 ; deux matrices scalaires semblables sont égales, d’où λ2=1\lambda^{2}=1 et A2=I3A^{2}=I_3. On prend B=AB=A et C=I3C=I_3.

Si degμA=2\deg\mu_A=2. Le polynôme μA\mu_A a les mêmes racines que χA\chi_A, qui est réel de degré 33 donc possède une racine réelle ; si μA\mu_A était irréductible sur R\mathbb{R}, toutes les racines de χA\chi_A seraient complexes non réelles, ce qui est exclu. Donc μA=(Xλ)(Xν)\mu_A=(X-\lambda)(X-\nu) avec λ,νR\lambda,\nu\in\mathbb{R}.

  • Si λν\lambda\neq\nu : AA est diagonalisable et χA=(Xλ)2(Xν)\chi_A=(X-\lambda)^{2}(X-\nu) quitte à échanger les noms. Par l’étape 1, 1/λ1/\lambda est racine de multiplicité 22, donc 1/λ=λ1/\lambda=\lambda ; puis 1/ν1/\nu est racine simple, donc 1/ν=ν1/\nu=\nu. Ainsi λ,ν{1,1}\lambda,\nu\in\{-1,1\} et A2=I3A^{2}=I_3 : on prend B=AB=A, C=I3C=I_3.

  • Si λ=ν\lambda=\nu : alors χA=(Xλ)3\chi_A=(X-\lambda)^{3} et λ=1/λ\lambda=1/\lambda, donc λ=ε{1,1}\lambda=\varepsilon\in\{-1,1\}. Posons N=εAI3N=\varepsilon A-I_3, de sorte que
    A=ε(I3+N),N0,N2=0,A1=ε(I3N).A=\varepsilon(I_3+N),\qquad N\neq 0,\qquad N^{2}=0,\qquad A^{-1}=\varepsilon(I_3-N).Choisissons uu avec Nu0Nu\neq 0 et posons e1=Nue_1=Nu, e2=ue_2=u, puis e3kerNe_3\in\ker N non colinéaire à e1e_1 (possible, kerN\ker N étant un plan contenant e1e_1). La famille (e1,e2,e3)(e_1,e_2,e_3) est une base, dans laquelle N=E12N=E_{12}. La matrice B=diag(1,1,1)B=\mathrm{diag}(1,-1,1) dans cette base vérifie B2=I3B^{2}=I_3 et BNB=NBNB=-N, donc
    BAB=ε(I3N)=A1.BAB=\varepsilon(I_3-N)=A^{-1}. \qquad\squareEn posant C=BAC=BA, on obtient BC=ABC=A et C2=(BAB)A=A1A=I3C^{2}=(BAB)A=A^{-1}A=I_3. Combiné au sens facile, cela établit l’équivalence annoncée. \blacksquare

Généralisation. Le résultat vaut en toute dimension et sur tout corps de caractéristique 2\neq 2.

No messages yet.