Ivan Shishkin, Birch Grove

forme linéaire

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Définition intuitive

Une forme linéaire est une manière de mesurer un vecteur par un scalaire, de façon compatible avec l’addition et la multiplication par un scalaire : sommer deux vecteurs revient à sommer leurs mesures. C’est l’objet le plus simple qu’on puisse construire au-dessus d’un espace vectoriel, et pourtant l’ensemble de toutes les formes linéaires (appelé le dual) porte autant d’information que l’espace lui-même en dimension finie.

Définition formelle

Soit KK un corps et EE un KK-espace vectoriel. Une forme linéaire sur EE est une application φ:EK\varphi:E\to K telle que
x,yE, λK,φ(x+λy)=φ(x)+λφ(y).\forall x,y\in E,\ \forall\lambda\in K,\qquad \varphi(x+\lambda y)=\varphi(x)+\lambda\varphi(y).L’ensemble de ces applications, muni des opérations point par point, est un KK-espace vectoriel appelé dual de EE et noté EE^{*}.

Proposition (structure du noyau). Soit φE\varphi\in E^{*} non nulle. Alors kerφ\ker\varphi est un hyperplan de EE, c’est-à-dire un sous-espace admettant une droite pour supplémentaire. Réciproquement, tout hyperplan est le noyau d’une forme linéaire non nulle, et deux formes non nulles ont même noyau si et seulement si elles sont proportionnelles.

Preuve. Comme φ0\varphi\neq 0, elle est surjective sur KK et E/kerφKE/\ker\varphi\simeq K est de dimension 11 ; en choisissant aa avec φ(a)=1\varphi(a)=1, on a E=kerφKaE=\ker\varphi\oplus Ka, la décomposition étant x=(xφ(x)a)+φ(x)ax=\bigl(x-\varphi(x)a\bigr)+\varphi(x)a. Si kerφ=kerψ=H\ker\varphi=\ker\psi=H et ψ(a)=μ\psi(a)=\mu, alors ψμφ\psi-\mu\varphi s’annule sur HH et sur aa, donc partout. \square

Base duale. Si EE est de dimension finie nn et (e1,,en)(e_1,\dots,e_n) en est une base, les formes coordonnées eie_i^{*} définies par ei(ej)=δije_i^{*}(e_j)=\delta_{ij} forment une base de EE^{*}. En particulier
dimE=dimE=n,φ=i=1nφ(ei)ei.\dim E^{*}=\dim E=n,\qquad \varphi=\sum_{i=1}^{n}\varphi(e_i)\,e_i^{*}.

Remarques
  • Dualité en dimension finie. L’application canonique EEE\to E^{**}, x(φφ(x))x\mapsto(\varphi\mapsto\varphi(x)), est injective en toute généralité et bijective en dimension finie : l’espace s’identifie naturellement à son bidual. En revanche l’isomorphisme EEE\simeq E^{*} existe mais n’est pas canonique car il dépend du choix d’une base, ou d’un produit scalaire. C’est pourquoi on distingue soigneusement vecteurs et formes, colonnes et lignes.
  • Dimension infinie. Il faut distinguer le dual algébrique EE^{*} (toutes les formes linéaires) du dual topologique EE' (les formes continues). Sur un espace normé de dimension infinie, l’inclusion EEE'\subsetneq E^{*} est stricte : il existe des formes linéaires non continues, dont la construction requiert l’axiome du choix. En dimension finie, toute forme linéaire est automatiquement continue.
  • Hahn–Banach. Sur un espace normé, toute forme linéaire continue définie sur un sous-espace se prolonge à l’espace entier sans augmenter sa norme. Il en résulte que EE' sépare les points : si xyx\neq y, il existe φE\varphi\in E' avec φ(x)φ(y)\varphi(x)\neq\varphi(y). C’est le fondement de la dualité en analyse fonctionnelle.
  • Contre-exemple à une confusion. Une forme linéaire n’est pas une forme bilinéaire ni une forme quadratique : elle est linéaire en une seule variable et à valeurs scalaires. Ainsi xx1x\mapsto x_1 est une forme linéaire sur KnK^{n}, tandis que xx12x\mapsto x_1^{2} n’en est pas une.