Ivan Shishkin, Birch Grove

théorème de classification de Fröbenius

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Français
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Énoncé intuitif

Le théorème de Frobenius répond à une question très concrète : dans quels espaces peut-on
additionner, multiplier et diviser comme dans R\mathbb{R} ? La réponse est qu’il n’y a que
trois possibilités, et qu’elles sont toutes déjà connues : les réels, les complexes et les
quaternions. Autrement dit, en dimension finie sur R\mathbb{R}, exiger que tout élément non
nul soit inversible est une contrainte si forte qu’elle interdit tout au-delà de la dimension
44 — et impose même d’abandonner la commutativité dès la dimension 44. L’idée de la preuve
est que chaque élément engendre une sous-algèbre commutative qui est une extension finie de
R\mathbb{R}, donc R\mathbb{R} ou C\mathbb{C} : tout élément est ainsi racine d’un trinôme
réel, ce qui munit la partie « imaginaire » de l’algèbre d’une forme quadratique définie
positive et force sa dimension à valoir 00, 11 ou 33. C’est le prototype des théorèmes de
classification en algèbre : une liste finie et explicite, sans exception sporadique.

Énoncé formel

Théorème (Frobenius, 1878). Soit DD une R\mathbb{R}-algèbre associative, unitaire, de
dimension finie, dans laquelle tout élément non nul est inversible (une algèbre à division).
Alors DD est isomorphe, comme R\mathbb{R}-algèbre, à l’une des trois algèbres R,C,H\mathbb{R},\mathbb{C}, \mathbb{H} de dimensions respectives 11, 22 et 44.

Schéma de preuve. Pour xDx\in D, la sous-algèbre R[x]\mathbb{R}[x] est commutative, intègre et
de dimension finie, donc c’est un corps, extension finie de R\mathbb{R} : par le théorème de
d’Alembert–Gauss, R[x]R\mathbb{R}[x]\simeq\mathbb{R} ou C\mathbb{C}. Tout xx vérifie donc une
équation x22ax+b=0x^{2}-2ax+b=0 avec a,bRa,b\in\mathbb{R}. Posons
V={xD : x2R0}.V=\{x\in D\ :\ x^{2}\in\mathbb{R}_{\leqslant 0}\}.On vérifie que VV est un sous-espace vectoriel et que D=RVD=\mathbb{R}\oplus V. La forme
q(x)=x2q(x)=-x^{2} est définie positive sur VV, et la forme polaire associée montre que deux
éléments qq-orthogonaux de VV anticommutent. Si dimV=0\dim V=0, D=RD=\mathbb{R} ; si dimV=1\dim V=1,
DCD\simeq\mathbb{C} ; si dimV2\dim V\geqslant 2, deux vecteurs orthonormés i,ji,j engendrent une
copie de H\mathbb{H}, et l’on montre qu’aucun vecteur supplémentaire ne peut lui être
orthogonal, d’où dimV=3\dim V=3 et DHD\simeq\mathbb{H}. \square

Remarques
  • Si l’on impose de plus la commutativité, seules R\mathbb{R} et C\mathbb{C} subsistent.
    En particulier R\mathbb{R} n’admet aucune extension de corps de degré fini autre que
    R\mathbb{R} et C\mathbb{C} : il n’existe pas de « corps des nombres tridimensionnels ».
  • L’hypothèse d’associativité est essentielle. Si on l’affaiblit en supposant seulement
    l’existence d’une norme multiplicative, le théorème de Hurwitz donne quatre possibilités :
    R,C,H\mathbb{R},\mathbb{C},\mathbb{H} et l’algèbre des octonions O\mathbb{O}, de dimension 88.
  • Sans aucune hypothèse d’associativité, une R\mathbb{R}-algèbre à division de dimension
    finie ne peut être que de dimension 11, 22, 44 ou 88 (Bott–Milnor–Kervaire, 1958) ;
    la preuve est topologique et non algébrique, et il existe alors une infinité de telles
    algèbres non isomorphes.
  • Le pendant en caractéristique quelconque pour les corps finis est le petit théorème de
    Wedderburn : tout corps fini est commutatif, donc il n’existe pas d’analogue fini des
    quaternions.
  • Reformulation cohomologique : le théorème équivaut à $\mathrm{Br}(\mathbb{R})\simeq
    \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}$, les deux classes du groupe de Brauer étant représentées par
    R\mathbb{R} et H\mathbb{H}.
  • Le nom de Frobenius est attaché à plusieurs autres énoncés — le théorème sur les groupes de
    Frobenius, celui sur le nombre de solutions de xn=ex^{n}=e, le théorème d’intégrabilité en
    géométrie différentielle —, sans lien avec celui-ci.
Exemples
  1. C=R[X]/(X2+1)\mathbb{C}=\mathbb{R}[X]/(X^{2}+1) réalise le cas dimV=1\dim V=1 : ici V=RiV=\mathbb{R}i et
    q(ti)=t2q(ti)=t^{2}.
  2. H=RRiRjRk\mathbb{H}=\mathbb{R}\oplus\mathbb{R}i\oplus\mathbb{R}j\oplus\mathbb{R}k avec
    i2=j2=k2=ijk=1i^{2}=j^{2}=k^{2}=ijk=-1 réalise le cas dimV=3\dim V=3 : VV est l’espace des quaternions
    purs, muni de la forme euclidienne usuelle, et le produit vectoriel de R3\mathbb{R}^{3} y
    apparaît comme partie imaginaire du produit quaternionique.
  3. Tout élément de HR\mathbb{H}\setminus\mathbb{R} engendre une sous-algèbre isomorphe à
    C\mathbb{C} : H\mathbb{H} contient une infinité de copies de C\mathbb{C}, indexées par
    la sphère unité de VV.
  4. Contre-exemple : M2(R)M_2(\mathbb{R}). De dimension 44 comme H\mathbb{H}, mais ce n’est
    pas une algèbre à division : (0100)\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix} est nilpotente.
    Les deux algèbres ne sont donc pas isomorphes, alors même que
    HRCM2(C)\mathbb{H}\otimes_{\mathbb{R}}\mathbb{C}\simeq M_2(\mathbb{C}).
  5. Contre-exemple : R[X]/(X2)\mathbb{R}[X]/(X^{2}). De dimension 22, mais la classe de XX est
    nilpotente non nulle : l’hypothèse de division est bien nécessaire pour conclure
    DCD\simeq\mathbb{C}.
  6. Contre-exemple : O\mathbb{O}. Les octonions forment une algèbre à division de
    dimension 88, non associative : (ij)i(j)(ij)\ell\neq i(j\ell) pour certains éléments de base.
    Ils montrent que l’associativité ne peut pas être retirée de l’énoncé.
  7. Sur un corps algébriquement clos KK, la seule KK-algèbre à division de dimension finie
    est KK lui-même : le théorème de Frobenius est un phénomène propre aux corps réels clos.
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References

  1. Daniel Perrin — Cours d’algèbre
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