Solution en vidéo : https://youtu.be/ZOEKtV6J_EM
- Commençons par montrer que pour tout a∈A nilpotent alors a−1 est inversible. Soit a∈A nilpotent, alors il existe n∈N∗,an=0 on a alors
(a−1)(an−1+⋯+a+1)=an−1=−1Ainsi, a−1 est inversible.
On remarque ensuite que −1 étant inversible, d’inverse lui-même, il ne peut être nilpotent. Il est alors idempotent, c’est à dire que (−1)2=−1 ou encore −1=1 donc 2=0.
On attaque maintenant la preuve de la question. Soit a nilpotent. Montrons que a est idempotent. Puisque a est nilpotent a−1 est idempotent donc
(a−1)2=a2−2a+1=a−1 donc a2=a−2a.
(remarquez que cette identité remarquable est correcte car a et 1 commutent toujours). Donc a est idempotent.
2) Soient a,b∈A. Puisque tout élément est idempotent (a+b)2=a+b, i.e. a2+ab+ba+b2=a+ab+ba+b=a+b donc ab+ba=0 donc ab+2ba=ba. On a donc bien ab=ba.
3) Montrons que A possède une structure de F2-algèbre donnée par 0⋅a=0A et 1⋅a=a. On note K=F2. Il faut vérifier que
- (A,+) est un groupe abélien (cela provient du fait que (A,×,+) est un anneau).
- ∀λ,μ∈F2,∀a,b∈A,
- λ⋅(a+b)=λ⋅a+λ⋅b
- (λ+μ)⋅a=λ⋅a+μ⋅a
- (λμ)⋅a=λ⋅(μ⋅a)
- 1⋅a=a (vrai par hypothèse).
Le premier point et le troisième sont triviaux en considérant les deux valeurs que peuvent prendre λ et μ. Le second est le seul intéressant. Il est clair si λ=0 ou μ=0. Si λ=μ=1 on a bien (1K+1K)⋅a=2K⋅a=0⋅a=0A. Par ailleurs
1K⋅a+1K⋅a=a+a=2A×a=0A×a=0A.On a donc bien montré que (A,+,⋅) est un K-espace vectoriel. Pour montrer que (A,×,+,⋅) est une K-algèbre il reste à justifier que l’opération binaire × est K-bilinéaire, c’est-à-dire que ∀λ,μ∈K,∀a,b∈A
(λ⋅a)×(μ⋅b)=(λμ)⋅a×b
ce qui est une fois de plus élémentaire en discutant suivant les valeurs de λ et μ.
Puisque A est fini, il est en particulier de dimension finie sur K. Il existe donc une base (e1,…,en) de A ce qui nous permet d’obtenir un isomorphisme d’espaces vectoriels
Φ:A⟶F2n,i=1∑nλiei⟼(λi)1≤i≤n.Malheureusement, l’isomorphisme Φ n’a aucune raison d’être un morphisme d’anneaux alors on va devoir affiner un peu notre raisonnement. On va montrer les deux résultats ci-dessous.
- Soit a∈A alors l’idéal principal (⟨a⟩,+,×) est un anneau (attention ce n’est pas un sous-anneau de (A,+,×) car le neutre de ⟨a⟩ est a).
- Soit a∈A alors on a un isomorphisme d’algèbres
A≃⟨a⟩×⟨a+1⟩.
Ces deux affirmations nous permettront d’obtenir le résultat souhaité par récurrence forte. En effet, si A ne possède que 0 et 1 alors A est isomorphe à F2. Sinon, dans un anneau où tous les éléments sont idempotents le seul inversible est 1 donc s’il existe a∈/{0,1} alors ⟨a⟩∈/{{0},A}.
Commençons par la première affirmation. Soit a∈A. Il est clair que ⟨a⟩ est un sous-groupe additif de (A,+) par définition d’un idéal. Par ailleurs, × définit une loi de composition interne par définition d’un idéal et cette loi reste distributive sur × car elle l’est pour (A,+,×). Enfin, pour x=ay∈⟨a⟩ on a ax=a2y=ay=x donc a est bien le neutre pour ×.
On vient de voir ci-dessus que pour tout a∈A,∀x∈⟨a⟩,ax=x. Il est clair que réciproquement, si ax=x alors x∈⟨a⟩. On en déduit que l’application
ℓa:A⟶A,x⟼ax−xa pour noyau ⟨a⟩ et, puisque ax−x=x(a+1) son image est ⟨a+1⟩. Par ailleurs, elle est linéaire et pour x∈ker(ℓa)∩im(ℓa), x s’écrit x=ay=(a+1)z donc x=x2=ay(a+1)z=(a2+a)yz=2ayz=0. Donc, par le théorème du rang ils sont en somme directe et on a
(∗):A=ker(ℓa)⊕im(ℓa)=⟨a⟩⊕⟨a+1⟩.(on pourrait aussi remarquer que la décomposition A=⟨a⟩+⟨a+1⟩ est immédiate par l’écriture x=2ax+x=ax+(a+1)x). Puis, pour tout x=ay+(a+1)z et x′=ay′+(a+1)z′ on a xx′=a2yy′+a(a+1)yz′+(a+1)azy′+(a+1)2zz′=ayy′+(a+1)zz′. La somme directe (∗) fournit donc un isomorphisme d’algèbres A≃⟨a⟩×⟨a+1⟩.