This score reflects both the level of the required concepts and the difficulty of the solution.Ce score tient compte à la fois du niveau des notions nécessaires et de la difficulté de la résolution.
1–10First steps / middle schoolPremiers pas / collège
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Soit un entier n⩾1. On introduit le polynôme : Pn=k=0∑n(2k+1)!(−1)kX2k+1∈R[X]et on note cn le nombre de racines réelles distinctes de Pn. Montrer l’équivalent, quand n→+∞ : cn∼πe4n.
Le polynôme Pn est le développement de Taylor de sin en 0 à l’ordre 2n+1. Deux informations vont suffire :
une estimation quantitative de sinx−Pn(x), qui garantit que Pn oscille comme sin tant que ∣x∣ reste sous un seuil An ;
un fait qualitatif : la différence sinx−Pn(x) garde un signe constant sur R+∗, ce qui interdit à Pn d’avoir des racines parasites et permet un comptage exact, intervalle par intervalle.
Le seuil An vaudra ∼2n/e par la formule de Stirling, et l’on montrera qu’au-delà d’un seuil Bn du même ordre il n’y a plus aucune racine. Comme sin possède deux zéros par période 2π, on obtiendra cn≈π2⋅e2n⋅2/2, soit eπ4n.
Dans toute la suite n⩾1, et l’on pose δ=21.
Étape 1 : Le seuil de bonne approximation
Les dérivées successives de sin étant bornées par 1, l’inégalité de Taylor–Lagrange donne ∀x∈R,sinx−Pn(x)⩽(2n+2)!∣x∣2n+2.Posons An=(δ(2n+2)!)1/(2n+2),de sorte que ∣x∣⩽An entraîne sinx−Pn(x)⩽δ<1. Sur [−An,An], le polynôme Pn suit donc la sinusoïde d’assez près pour changer de signe aux mêmes endroits, ce que l’étape 3 rendra précis.
Étape 2 : Signe constant de la différence
Posons fn=(−1)n(Pn−sin).
Lemme.fn>0 sur R+∗.
Preuve. Comme Pn est le polynôme de Taylor de sin à l’ordre 2n+1, on a fn(k)(0)=0 pour 0⩽k⩽2n+1. Par ailleurs Pn(2n+1)=(−1)n est constante et sin(2n+1)=(−1)ncos, d’où fn(2n+1)(t)=(−1)n((−1)n−(−1)ncost)=1−cost⩾0.La formule de Taylor avec reste intégral à l’ordre 2n s’écrit donc, pour x>0, fn(x)=∫0x(2n)!(x−t)2n(1−cost)dt>0,l’intégrande étant positif et non identiquement nul. □
Autrement dit, Pn−sin est du signe de (−1)n sur R+∗. Il sera commode de poser gn=(−1)nPn,de sorte quegn(x)>(−1)nsinxpour x>0.Enfin, la relation Pn′′=−Pn−1 jointe au lemme appliqué au rang n−1 donne sur R+∗ gn′′=(−1)n+1Pn−1>(−1)n+1sin(⋆)
Étape 3 : Comptage des racines sous le seuil
Fixons k∈N et travaillons sur Ik=[kπ,(k+1)π], où sin est du signe de (−1)k.
Cas k≡n(mod2) : aucune racine. Alors (−1)nsin=∣sin∣⩾0 sur Ik, donc gn>0 sur Ik∩R+∗ et Pn ne s’y annule pas.
Cas k≡n(mod2) : au plus deux racines. Alors (−1)n+1sin=∣sin∣⩾0 sur Ik, et (⋆) donne gn′′>0 : la fonction gn est strictement convexe sur Ik, donc y admet au plus deux zéros.
Ces deux racines existent bien si (k+1)π⩽An. Aux extrémités, gn(kπ)>(−1)nsin(kπ)=0 et de même gn((k+1)π)>0. Au milieu xk=(k+21)π, on a sinxk=(−1)k=(−1)n+1, donc (−1)nsinxk=−1, et l’étape 1 donne gn(xk)⩽(−1)nsinxk+δ=−1+δ<0.Le théorème des valeurs intermédiaires fournit une racine de part et d’autre de xk, et la convexité interdit d’en avoir davantage : il y en a exactement deux, simples.
Bilan. Les entiers k≡n(2) vérifiant (k+1)π⩽An forment une progression arithmétique de raison 2, donc sont au nombre de 2πAn+O(1). Chacun apporte exactement deux racines, et l’intervalle résiduel en apporte au plus deux. En ajoutant la racine simple x=0 et en invoquant l’imparité de Pn, le nombre de racines réelles dans [−An,An] vaut π2An+O(1),et elles sont toutes simples. Retenons aussi que Pn a au plus deux racines par intervalle de longueur π, donc O(L) racines dans tout intervalle de longueur L⩾π.
Étape 4 : Plus aucune racine au-delà d’un second seuil
Reprenons l’expression intégrale de fn et minorons brutalement, pour x⩾1, en ne gardant que t∈[0,1] et en utilisant (x−t)2n⩾(x−1)2n : fn(x)⩾(2n)!(x−1)2n∫01(1−cost)dt=β(2n)!(x−1)2n,β=1−sin1>0.Posons Bn=1+(β2(2n)!)1/2n.Pour x⩾Bn, on a Pn(x)−sinx⩾2, donc ∣Pn(x)∣⩾2−∣sinx∣⩾1>0. Par imparité, Pn n’a donc aucune racine hors de ]−Bn,Bn[.
Étape 5 : Stirling et conclusion
La formule de Stirling donne (m!)1/m∼m/e, et l’ajout d’un facteur constant sous la racine m-ième ne modifie pas l’équivalent puisque c1/m→1. D’où An∼e2n+2∼e2n,Bn∼e2n.En particulier Bn−An=o(n). Décomposons alors le décompte : cn=racines dans [−An,An]π2An+O(1)+racines dans An⩽∣x∣<BnO(Bn−An)+∣x∣⩾Bn0,la majoration du terme médian venant de la dernière remarque de l’étape 3. Comme π2An∼eπ4n et que les deux autres termes sont o(n), on conclut cn∼eπ4n.■
Remarques
Une constante amusante. L’équivalent eπ4n≈0,468n signifie que Pn, de degré 2n+1, n’a qu’environ 23% de ses racines réelles. Les 77% restantes sont complexes et s’accumulent, après renormalisation par 2n/e, le long d’une courbe de Szegő, le lieu ∣ze1−z∣=1.
Généralisation. Le même schéma s’applique aux sommes partielles de cos, ou plus généralement à toute fonction entière d’ordre 1 dont les zéros réels sont régulièrement espacés.