Soient telles que . Est-ce que et sont nécessairement trigonalisables dans une même base ?
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Non. La condition est insuffisante dès la dimension , alors qu’elle suffit en dimension .
Rappelons d’abord que équivaut à dire que est unipotente, c’est-à-dire que est nilpotente. La question est donc : si , et sont unipotentes, la paire est-elle cotrigonalisable ?
Un contre-exemple en dimension 3
Posons
Les trois matrices sont unipotentes. La matrice est nilpotente d’indice . Pour , on pose et l’on calcule
Enfin le produit vaut
et l’on vérifie
Donc .
Il n’y a pas de vecteur propre commun. Comme , les vecteurs propres de sont exactement les éléments non nuls de , et
De même, est donné par les équations et , soit
Ces deux droites sont distinctes : et n’ont aucun vecteur propre commun.
Conclusion. Si et étaient trigonalisables dans une même base , le vecteur serait propre pour les deux. C’est impossible, donc et ne sont pas cotrigonalisables.
En dimension 2, la réponse est positive
Soient et unipotentes, avec nilpotentes donc de rang et de carré nul. Comme , dire que est unipotente revient à dire que , c’est-à-dire
Écartons les cas triviaux ou , et écrivons avec , avec . Alors
Si , alors appartient à la droite , qui contient déjà : donc , et , . Le vecteur engendre une droite stable par et . Si , on échange les rôles. Dans les deux cas la droite obtenue fournit le premier vecteur d’une base de cotrigonalisation, la dimension restante valant .
Remarques
- Ce qui manque : le théorème de Kolchin. Si tout élément du semi-groupe engendré par et est unipotent, alors la famille est cotrigonalisable. L’hypothèse de l’exercice ne porte que sur trois mots, ce qui est trop faible. Dans le contre-exemple, on vérifie que est de trace : elle n’est pas unipotente, conformément à Kolchin.
- Critère exact. Le théorème de McCoy caractérise la cotrigonalisabilité d’une paire : et sont trigonalisables dans une même base si et seulement si est nilpotente pour tout polynôme en deux indéterminées non commutatives. Un seul mot ne suffit jamais.
- Un cas favorable. Si l’une des deux matrices vérifie , la conclusion redevient vraie en toute dimension : les hyperplans et sont alors de codimension et , et un argument de dimension fournit un vecteur propre commun, puis on récurre sur le quotient. C’est ce qui explique que les perturbations de rang ne produisent pas de contre-exemple.
