Ivan Shishkin, Birch Grove

Espace de Cantor

Definition / Topology /

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Français
Définition intuitive

L’espace de Cantor est un espace topologique qui intervient régulièrement en mathématiques tel qu’en théorie de la mesure, en analyse et en théorie des probabilités. Il s’agit de l’ensemble des suites de 00 et de 11. Sa topologie est définie par l’idée suivante : deux suites de 00 et de 11 sont proches si elles coïncident sur un ensemble fini d’entiers ; plus cet ensemble est grand, plus elles sont proches.

En théorie des probabilités, cet espace modélise de façon idéale les expériences de pile ou face avec un nombre arbitrairement grand de tirage. En théorie descriptive des ensembles, cet espace sert d’outil de codage de certains objets.

Définition formelle

Dans ce qui suit, on note 22 l’ensemble {0,1}\lbrace 0,1\rbrace et ω\omega l’ensemble des entiers naturels (notations ensemblistes classiques). On appelle espace de Cantor\textbf{espace de Cantor} l'espace topologique 2ω2^{\omega} des suites de 00 et de 11 munit de la topologie produit.

On note 2<ω2^{<\omega} l’ensemble des suites finies d’entiers. Si s∈2<ωs \in 2^{<\omega}, on note l(s)l(s) (la "longueur" de ss) le cardinal de son ensemble de définition. On définit aussi l’ensemble

Ns=def{α∣(∀n)(n<l(s)⇒α(n)=s(n))},N_{s} \stackrel{\mathrm{def}}{=} \lbrace \alpha \mid (\forall_{n})(n < l(s) \Rightarrow \alpha(n) = s(n))\rbrace,

qui est clairement un ouvert de 2ω2^{\omega}. On constate même que les ensembles NsN_{s} engendrent la topologie de 2ω2^{\omega}, et comme 2<ω2^{<\omega} est dénombrable, on conclut que 2ω2^{\omega} est un espace à base dénombrable d’ouverts. Si α∈2ω\alpha \in 2^{\omega}, et nn un entier naturel, on note α∣n\alpha_{|n} la suite finie de longueur n+1n+1 qui vaut α(i)\alpha(i) pour tout i≤ni \leq n. On déduit que les ensembles (Nα∣n)n<ω(N_{\alpha_{|n}})_{n < \omega} forment une base de voisinages (dénombrable) de α\alpha.

On constate aussi qu’une suite (xn)n<ω(x_n)_{n < \omega} d’éléments de 2ω2^{\omega} converge vers une limite xx si et seulement si pour tout k<ωk < \omega, xn(k)x_{n}(k) tend vers x(k)x(k) quand nn tend vers l’infini (c’est la convergence simple de suites).

Propriétés
Preuve

Si α\alpha, β\beta sont deux éléments de l’espace de Cantor, la quantité d~(α,β)=def∑n≥02−n∣α(n)−β(n)∣\tilde{d}(\alpha,\beta) \stackrel{\mathrm{def}}{=} \sum_{n \geq 0}2^{-n}\lvert \alpha(n)-\beta(n)\rvert définit une métrique sur 2ω2^{\omega} qui engendre la topologie produit. En effet, il est clair que d~\tilde{d} est une métrique sur 2ω2^{\omega}. Montrons qu’elle engendre la topologie produit.

  • Si s∈2<ωs \in 2^{<\omega}, et α∈Ns\alpha \in N_{s}, pour tout β∈2ω\beta \in 2^{\omega}, si β∉Ns\beta \notin N_{s}, il existe i<l(s)i < l(s) tel que α(i)≠β(i)\alpha(i) \neq \beta(i). Par conséquent, d~(α,β)≥2−i≥2−l(s)\tilde{d}(\alpha,\beta) \geq 2^{-i} \geq 2^{-l(s)}. Par contraposée, si d~(α,β)<2−l(s)\tilde{d}(\alpha,\beta) < 2^{-l(s)}, β∈Ns\beta \in N_{s}. Ainsi les sous-ensembles NsN_{s} sont des d~\tilde{d}-ouverts.

  • Si α∈2ω\alpha \in 2^{\omega} et ε>0\varepsilon > 0, et si β∈2ω\beta \in 2^{\omega} est tel que d~(α,β)<ε\tilde{d}(\alpha,\beta) < \varepsilon, soit NN un entier naturel tel que ∑n≥N2−n<ε\sum_{n \geq N}2^{-n} < \varepsilon. Si β∈Nα∣N\beta \in N_{\alpha_{|N}}, alors d~(α,β)≤∑n≥N2−n<ε\tilde{d}(\alpha,\beta) \leq \sum_{n \geq N}2^{-n} < \varepsilon, d’où que la boule de centre α\alpha et de rayon ε\varepsilon est un ouvert pour la topologie produit.

On conclut à la métrisabilité de 2ω2^{\omega}. Montrons maintenant qu’il est compact. On pourrait utiliser le Théorème de Tychonoff, qui énonce que tout produit d’espace compact est compact pour la topologie produit. Ici, nous allons utiliser les extraction de sous-suites par un argument diagonal.

Soit (xn)n(x_{n})_{n} une suite d’élément de 2ω2^{\omega}. On note pip_{i} la ii-ième projection d’un élément de 2ω2^{\omega}. Pour chaque i<ωi < \omega, (pi(xn))n<ω(p_{i}(x_{n}))_{n < \omega} est une suite de 22, et admet donc une sous-suite convergente (même stationnaire). On commence par (p1(xn))n<ω(p_{1}(x_{n}))_{n < \omega}, et on note ϕ1\phi_{1} une extractrice qui rend cette suite stationnaire. Pour la suite (p2(xϕ1(n)))n<ω(p_{2}(x_{\phi_{1}(n)}))_{n < \omega}, on note ϕ2\phi_{2} une extractrice qui rend cette suite stationnaire. Pour la suite (p3(x(ϕ2∘ϕ1)(n)))n<ω(p_{3}(x_{(\phi_{2} \circ \phi_{1})(n)}))_{n < \omega}, on note ϕ3\phi_{3} une extractrice qui rend cette suite stationnaire.

Plus généralement, étant donné ϕ1\phi_{1}, ϕ2\phi_{2}, ... , ϕk\phi_{k} des extractrices telles que pour tout i≤ki \leq k,
(pi(xϕk∘ ... ∘ ϕ1(n)))n<ω(p_{i}(x_{\phi_{k} \circ \, ... \, \circ\,\phi_{1}(n)}))_{n < \omega}

est stationnaire, on construit ϕn+1\phi_{n+1} telle que pour tout i≤k+1i \leq k+1,
(pi(xϕk+1∘ ... ∘ ϕ1(n)))n<ω(p_{i}(x_{\phi_{k+1} \circ \, ... \, \circ\,\phi_{1}(n)}))_{n < \omega}

est aussi stationnaire, et pour tout i≤ki \leq k,
lim⁡n→∞pi(xϕk+1∘ ... ∘ ϕ1(n))=lim⁡n→∞pi(xϕk∘ ... ∘ ϕ1(n))   (∗)\lim_{n \rightarrow \infty}p_{i}(x_{\phi_{k+1} \circ \, ... \, \circ\,\phi_{1}(n)}) = \lim_{n \rightarrow \infty}p_{i}(x_{\phi_{k} \circ \, ... \, \circ\,\phi_{1}(n)}) \,\,\,\color{red}{(*)}

(en effet si une suite converge, toute sous-suite converge vers la limite de suite dont elle est extraite). Ici, il y a une subtilité (inévitable), qui est l’usage de l'axiome du choix dépendant. Grâce à cet axiome (qui figure aux fondements des mathématiques), l’on peut dire qu’il existe une suite infinie d’extractrices (ϕj)j<ω(\phi_{j})_{j < \omega} telle que pour tout k≥1k \geq 1 et tout i≤ki \leq k, (pi(xϕk∘ ... ∘ ϕ1(n)))n<ω(p_{i}(x_{\phi_{k} \circ \, ... \, \circ\,\phi_{1}(n)}))_{n < \omega} soit stationnaire et tel que la condition (∗)\color{red}{(*)} soit satisfaite. Si c’est le cas, on extrait de cette suite d’extractrices une nouvelle extractrice ψ\psi (dite diagonale), en posant ψ(n)=ϕn∘ ... ∘ ϕ1(n)\psi(n) = \phi_{n} \circ\,...\,\circ\,\phi_{1}(n). On voit bien que la suite (xψ(n))n<ω(x_{\psi(n)})_{n < \omega} est convergente puisque si i<ωi < \omega, pi(xψ(n))p_{i}(x_{\psi(n)}) devient constante dés lors que n≥in \geq i et que n≥Nn \geq N où NN est un rang à partir duquel (xϕi∘ ... ∘ ϕ1(n))n<ω(x_{\phi_{i} \circ \,...\,\circ\,\phi_{1}(n)})_{n<\omega} est constante (en effet ψ(n)≥n\psi(n) \geq n pour tout nn puisque ψ\psi est strictement croissante). On déduit alors l’existence d’une sous-suite convergente de (xn)n(x_{n})_{n}, d’où que 2ω2^{\omega} est compact.

Preuve

On sait que la famille des NsN_{s} (pour s∈2<ωs \in 2^{<\omega}) est une base d’ouverts de 2ω2^{\omega}. En revanche, comme Ns=⋂n<l(s)pn−1({s(n)})N_{s} = \bigcap_{n < l(s)} p_{n}^{-1}(\lbrace s(n)\rbrace), par continuité des projections pip_{i}, on déduit que NsN_{s} est aussi un fermé, d’où le résultat.

  • L’espace de Cantor est parfait.
Preuve

Il a été mentionné que si α∈2ω\alpha \in 2^{\omega}, la famille (Nα∣n)n<ω(N_{\alpha_{|n}})_{n < \omega} forme une base de voisinages de α\alpha. Il suffit alors de montrer qu’aucun de ces voisinages n’est trivial. Mais c’est pourtant bien le cas puisque la suite qui coïncide avec α\alpha sur les entiers plus petits que nn et qui diffère de α\alpha sur le n+1n+1-ième est dans Nα∣nN_{\alpha_{|n}}, mais distincte de α\alpha. Ainsi, 2ω2^{\omega} est parfait.

Ce qui est surprenant, c’est que la conjonction des propriétés précédentes caractérise en fait l’espace de Cantor. C’est là l’objet du théorème de Brouwer.

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