Ivan Shishkin, Birch Grove

Théorème de Lagrange

Theorem / General algebra / Stub

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Énoncé intuitif

Le théorème de Lagrange est la contrainte de base de toute la théorie des groupes finis : l’ordre d’un sous-groupe divise toujours l’ordre du groupe. La raison en est purement combinatoire et tient en une phrase : les translatés gHgH d’un sous-groupe HH découpent GG en morceaux disjoints, tous de la même taille que HH, si bien que G|G| est un multiple de H|H| — le multiplicateur étant précisément le nombre de morceaux, c’est-à-dire l’indice. Autrement dit, un groupe fini ne peut pas contenir de sous-structure de taille arbitraire : la factorisation de G|G| borne à l’avance tout ce qu’on peut espérer y trouver. C’est un théorème de contrainte, pas de construction : il interdit, il ne fournit rien. Sa réciproque est d’ailleurs fausse, et c’est tout l’objet des théorèmes de Cauchy et de Sylow que de rétablir une existence là où elle est vraie. Malgré sa démonstration élémentaire, ses conséquences sont partout : l’ordre d’un élément divise G|G|, un groupe d’ordre premier est cyclique, et les petits théorèmes de Fermat et d’Euler n’en sont que des cas particuliers déguisés.

Énoncé formel

Théorème (Lagrange). Soit GG un groupe fini et HGH\leqslant G un sous-groupe. Alors H|H| divise G|G|, et plus précisément
G=[G:H]H,|G|=[G:H]\cdot|H|,[G:H][G:H] désigne l’indice de HH dans GG, c’est-à-dire le nombre de classes à gauche gHgH.

Preuve. La relation xy    x1yHx\sim y \iff x^{-1}y\in H est une relation d’équivalence sur GG, dont les classes sont exactement les ensembles gH={gh:hH}gH=\{gh : h\in H\}. Ces classes forment donc une partition de GG. Par ailleurs, pour tout gGg\in G, l’application hghh\mapsto gh est une bijection de HH sur gHgH, d’inverse xg1xx\mapsto g^{-1}x : toutes les classes ont le cardinal H|H|. En notant [G:H][G:H] leur nombre, on obtient G=[G:H]H|G|=[G:H]\cdot|H|. \square

Corollaire. Pour tout gGg\in G, l’ordre de gg divise G|G|, et gG=eg^{|G|}=e.

Preuve. L’ordre de gg est g|\langle g\rangle|, qui divise G|G| par le théorème. Si G=kord(g)|G|=k\cdot\mathrm{ord}(g), alors gG=(gord(g))k=eg^{|G|}=(g^{\mathrm{ord}(g)})^{k}=e. \square

Remarques
  • La démonstration n’utilise aucune hypothèse de commutativité ni de normalité : elle vaut pour tout sous-groupe de tout groupe fini. Le même découpage avec les classes à droite HgHg donne le même comptage, les deux ensembles de classes étant en bijection par gHHg1gH\mapsto Hg^{-1}.
  • La réciproque est fausse. Un diviseur de G|G| n’est pas toujours l’ordre d’un sous-groupe : A4\mathfrak{A}_4 est d’ordre 1212 mais n’a aucun sous-groupe d’ordre 66. Les théorèmes de Sylow fournissent une réciproque partielle, pour les puissances de nombres premiers uniquement ; le théorème de Cauchy en est le cas p1p^{1}.
  • Une classe gHgH n’est un sous-groupe que si gHg\in H, auquel cas gH=HgH=H : la partition de GG n’est pas une partition en sous-groupes, mais en translatés.
  • Lorsque HGH\trianglelefteq G, l’ensemble des classes est lui-même un groupe, le quotient G/HG/H, et l’égalité s’écrit G=G/HH|G|=|G/H|\cdot|H|. Sans normalité, G/HG/H n’est qu’un ensemble, ce qui n’affecte en rien le comptage.
  • L’énoncé s’étend aux groupes infinis sous la forme de la multiplicativité de l’indice : si KHGK\leqslant H\leqslant G, alors [G:K]=[G:H][H:K][G:K]=[G:H]\cdot[H:K], en tant qu’égalité de cardinaux. C’est cette version qui sert en théorie des groupes infinis et en théorie de Galois, où elle devient la multiplicativité des degrés d’extensions.
  • Historiquement, Lagrange (1771) n’a pas énoncé ce théorème sous cette forme — la notion de groupe abstrait n’existait pas — mais a observé que le nombre de valeurs prises par un polynôme sous permutation de ses variables divise n!n!. La formulation moderne est due à Jordan.
Exemples
  1. Dans S4\mathfrak{S}_4, d’ordre 2424, les ordres possibles de sous-groupes sont parmi {1,2,3,4,6,8,12,24}\{1,2,3,4,6,8,12,24\} ; tous sont effectivement réalisés, mais c’est une coïncidence propre à ce groupe.
  2. Groupes d’ordre premier. Si G=p|G|=p est premier, les seuls sous-groupes sont {e}\{e\} et GG. Prenant geg\neq e, on a g=G\langle g\rangle=G : tout groupe d’ordre premier est cyclique, donc isomorphe à Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}. C’est le seul cas où la classification est immédiate.
  3. Petit théorème de Fermat. Appliqué à G=(Z/pZ)G=(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z})^{*}, d’ordre p1p-1, le corollaire donne ap11(modp)a^{p-1}\equiv 1 \pmod p pour tout aa non divisible par pp.
  4. Théorème d’Euler. De même dans (Z/nZ)(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^{*}, d’ordre φ(n)\varphi(n) : aφ(n)1(modn)a^{\varphi(n)}\equiv 1\pmod n dès que pgcd(a,n)=1\mathrm{pgcd}(a,n)=1.
  5. Sous-groupes d’indice 22. Si [G:H]=2[G:H]=2, il n’y a que deux classes, HH et son complémentaire, à gauche comme à droite : HH est automatiquement distingué. C’est ainsi que AnSn\mathfrak{A}_n\trianglelefteq\mathfrak{S}_n.
  6. Contre-exemple à la réciproque. A4\mathfrak{A}_4, d’ordre 1212, n’a pas de sous-groupe d’ordre 66 : un tel sous-groupe serait d’indice 22, donc distingué et contenant tous les carrés, or les huit 33-cycles de A4\mathfrak{A}_4 sont des carrés, ce qui donnerait au moins 9>69>6 éléments.
  7. Contre-exemple hors du cadre fini. Dans (Z,+)(\mathbb{Z},+), le sous-groupe 2Z2\mathbb{Z} est de même cardinal que Z\mathbb{Z}, et pourtant d’indice 22 : c’est bien l’indice, non le cardinal, qui porte l’information en dimension infinie.
Pour aller plus loin

Voir les théromes de Cauchy de Sylow.

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