Dans ce problème qui mêle de l’analyse fonctionnelle, de la topologie, et de la théorie des ensembles, nous calculons le cardinal de l’ensemble des espaces topologiques compacts dénombrables (à homéomorphisme près). Ce problème est une petite exploration de la . Dans la suite, nous admettons que tout compact dénombrable est métrisable (conséquence du lemme d’Urysohn).
1. Bien poser le problème
La première partie consiste à "bien poser le problème". En effet, le lecteur aura sans doute remarqué que la collection des espaces compacts dénombrables ne forme pas un ensemble, mais une classe propre. L’objetctif de cette première partie est de reformuler la question pour pouvoir y répondre correctement. On dit que l’on va mettre en place un du problème, dans un espace agréable.
- Soit un espace topologique compact dénombrable. On considère l'espace de Banach comme étant l’espace des fonctions continues de dans munit de la norme infinie. Pour , on pose . Montrer que est un ouvert dense de .
- En utilisant le lemme de Baire, montrer qu’il existe une application injective de dans . En déduire qu’il existe un compact tel que et sont homéomorphes.
Désormais, l’on sait que tout compact dénombrable est homéomorphe à un sous-ensemble compact de . Ceci nous permet de reformuler notre problème, afin de mieux pouvoir y répondre : En notant l’ensemble des parties compactes et dénombrables de , et la relation d’équivalence définie sur par " ssi et sont homéomorphes", quel est le cardinal de l’ensemble quotient ?
2. Un outil fondamental
Pour répondre à la question posée, nous introduisons un outil d’une grande importance : la . Si , on note l’espace topologique composé de tous les points de qui ne sont pas isolés. En d’autres termes, est le sous-espace topologique de obtenu en lui retirant tous ses points isolés. On définit pour tout ordinal l’objet par induction :
- ,
- ,
- si est un ordinal limite, .
- Montrer que pour tout , est fermé dans ,
- Montrer que tout espace compact dénombrable parfait est vide. En déduire qu’il existe un ordinal tel que .
On note le plus petit ordinal tel que , qu’on appelle .
3. Premiers pas vers le résultat
On constate facilement que si , alors . Nous allons montrer qu’une réciproque est vraie, en introduisant une quantité auxiliaire : si et ont le même rang de Cantor-Bendixson, et si et ont le même résidu (voir ci-dessous), et sont homéomorphes.
- Montrer que pour tout , est un ordinal successeur plus grand que .
Si , et que , on appelle le cardinal de .
- Montrer que pour tout , le résidu de est un entier naturel non nul,
- Montrer que si , si et que si le résidu de est , alors est homéomorphe à ,
- On note l’assertion : "tout élément de de rang de Cantor-Bendixson et de résidu est homéomorphe à ".
- Montrer que si est vraie pour un certian ordinal , pour tout entier naturel , est aussi vraie,
- Montrer que si est un ordinal tel que pour tout , et pour tout entier naturel , est vraie, alors est vraie.
- Montrer que pour tout , si et si et ont le même résidu, alors .
4. La fin du voyage
On considère l’application , qui à une classe associe le couple ( où est le résidu de .
- Montrer que l’application est bien définie, et injective,
- Montrer que pour tout ordinal et tout entier naturel , l’ordinal est un compact dénombrable de rang de Cantor-Bendixson , et de résidu . En déduire que est surjective.
- Déduire de la question précédente que .
Mot de fin
En particulier, le nombre de classe d’homéomorphie de compacts dénombrables de est soumit à l’hypothèse du continu. En analyse, quand on étudie des familles "naturelles" de sous-ensembles compacts, l’on est souvent amené à travailler avec des ensembles compliqués. Par exemple, l’ensemble des compacts dénombrables de n’est pas borélien (pour la tribu borélienne d’Effros). Les intérêts du résultat présenté par ce problème sont multiples, en voici deux de nature informelle :
- intuitivement ce résultat nous dit que, même si l’on travaille dans un cadre d’apparence simple, l’on peut faire face à des objets de nature assez "ésotérique" (ici, c’est qui est venu à notre rencontre),
- le nombre de classes d’une relation d’équivalence "naturelle" n’est pas toujours "concret".
