Ivan Shishkin, Rye (1878)

Problems/Sequence and series

Une récurrence pour les nombres premiers ???

by Sequoia·
51
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  1. 1–10First steps / middle schoolPremiers pas / collège
  2. 11–25Beginner / high schoolDébutant / lycée
  3. 26–50Intermediate / undergraduateIntermédiaire / licence
  4. 51–70Advanced / graduateAvancé / master
  5. 71–90Expert / specializedExpert / spécialisé
  6. 91–100Research levelNiveau recherche
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On note (pn)n(p_n)_n la suite des nombres premiers, avec p0=2,p1=3,…p_0=2, p_1=3,\dots Peut-on écrire la suite des nombres premiers comme une suite récurrente à coefficients constants ?

Autrement dit, existe-t-il un entier d∈N∗d\in\N^* et des réels α0,…,αd−1\alpha_0,\dots,\alpha_{d-1} de telle sorte qu’on ait
∀n∈N,pn+d=αd pn+d−1+⋯+α1 pn+1+α0 pn?\forall n\in\N, p_{n+d}=\alpha_d\, p_{n+d-1}+\dots +\alpha_1\, p_{n+1}+\alpha_0\, p_{n} ?

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Solution by Sequoia

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Si cette récurrence existe, alors on peut la résoudre et obtenir l’existence de polynômes complexes Q1,…,QrQ_1,\dots, Q_r ainsi que de complexes α1,…,αr\alpha_1,\dots,\alpha_r tels que ∀n∈N,pn=∑i=1rQi(n)αin\forall n\in\N, p_n=\sum_{i=1}^r Q_i(n) \alpha_i^n. Ce résultat est issu du théorème sur les suites récurrentes à coefficients constants.

Ainsi, pour n→+∞n\to+\infty, on a que pnp_n serait équivalent à quelque chose de la forme c na∑j∈Jαjnc\,n^a \sum_{j\in J}\alpha_j^n où cc est une constante complexe, JJ l’ensemble des αi\alpha_i de module maximal et aa le degré maximal des polynômes Qj,j∈JQ_j, j\in J.

Mais on sait pourtant que pn∼n→+∞nln⁡(n)p_n\underset{n\to+\infty}{\sim} n\ln(n) par le théorème des nombres premiers. Ce qui contredit ce qu’on vient de dire par croissance comparée (le log est négligeable que toutes les puissances de nn ou exponentielles).

Solution by visitor

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Preuve issue de la vidéo de Phil Caldero: https://www.youtube.com/watch?v=CwGdJaZcGV8

Théorème. Soit K\mathbb K un corps de caractéristique nulle. La suite (pn)n≥1(p_n)_{n\ge 1} des nombres premiers ne vérifie aucune relation
a0 pn+d=a1 pn+d−1+⋯+ad pn(n≥n0)a_0\,p_{n+d}=a_1\,p_{n+d-1}+\dots+a_d\,p_n\qquad (n\ge n_0)avec d≥1d\ge 1, a0,…,ad∈Ka_0,\dots,a_d\in\mathbb K et a0≠0a_0\neq 0.

Lemme 1 (descente). Si une suite à valeurs dans un sous-corps F⊂KF\subset\mathbb K vérifie une telle relation à coefficients dans K\mathbb K, elle en vérifie une de même ordre à coefficients dans FF.

Preuve. Posons rn=(pn+d−1,…,pn)∈Fdr_n=(p_{n+d-1},\dots,p_n)\in F^d et bn=pn+db_n=p_{n+d}. L’hypothèse donne a∈Kda\in\mathbb K^d avec rn⋅a=bnr_n\cdot a=b_n pour n≥n0n\ge n_0. Choisissons rn1,…,rnkr_{n_1},\dots,r_{n_k} une base du sous-espace de FdF^d engendré par les rnr_n. Le système fini rnj⋅X=bnjr_{n_j}\cdot X=b_{n_j} a ses coefficients dans FF et une solution dans Kd\mathbb K^d ; le rang ne changeant pas par extension du corps, il a une solution a′∈Fda'\in F^d. Si rn=∑jcjrnjr_n=\sum_j c_j r_{n_j} avec cj∈Fc_j\in F, alors rn⋅a′=∑jcjbnj=∑jcj (rnj⋅a)=rn⋅a=bnr_n\cdot a'=\sum_j c_j b_{n_j}=\sum_j c_j\,(r_{n_j}\cdot a)=r_n\cdot a=b_n. □\square

Lemme 2 (périodicité modulo qq). Soit (un)(u_n) une suite d’entiers et a0,…,ad∈Za_0,\dots,a_d\in\mathbb Z avec a0ad≠0a_0a_d\ne 0 tels que a0un+d=∑i=1daiun+d−ia_0u_{n+d}=\sum_{i=1}^d a_iu_{n+d-i} pour n≥n0n\ge n_0. Pour tout premier qq ne divisant pas a0ada_0a_d, il existe T≥1T\ge 1 tel que un+T≡un(modq)u_{n+T}\equiv u_n \pmod q pour tout n≥n0n\ge n_0.

Preuve. Modulo qq, a0a_0 est inversible et le vecteur vn=(un,…,un+d−1)∈Fqdv_n=(u_n,\dots,u_{n+d-1})\in\mathbb F_q^d vérifie vn+1=Avnv_{n+1}=Av_n, où AA est la matrice compagnon de coefficients aˉi=aia0−1\bar a_i=a_ia_0^{-1}. Comme det⁡A=±aˉd≠0\det A=\pm\bar a_d\neq 0, AA appartient au groupe fini GLd(Fq)\mathrm{GL}_d(\mathbb F_q), donc AT=IA^T=I pour T=∣GLd(Fq)∣T=|\mathrm{GL}_d(\mathbb F_q)|, et vn+T=vnv_{n+T}=v_n pour n≥n0n\ge n_0. □\square

Preuve du théorème. Par l’absurde, prenons une relation d’ordre d≥1d\ge 1 minimal, valable pour n≥n0n\ge n_0. Comme Q⊂K\mathbb Q\subset\mathbb K et pn∈Qp_n\in\mathbb Q, le lemme 1 permet de supposer les aia_i rationnels, puis entiers en chassant les dénominateurs. On a ad≠0a_d\neq 0 : sinon la relation, décalée d’un cran, serait d’ordre d−1d-1. L’entier a0ada_0a_d n’a qu’un nombre fini de diviseurs premiers, donc il existe k≥n0k\ge n_0 tel que q=pkq=p_k ne divise pas a0ada_0a_d. Par le lemme 2, pk+T≡pk=q≡0(modq)p_{k+T}\equiv p_k=q\equiv 0\pmod q. Ainsi qq divise le nombre premier pk+Tp_{k+T}, d’où pk+T=q=pkp_{k+T}=q=p_k, ce qui contredit la stricte croissance de (pn)(p_n). □\square

Remarques. La preuve n’utilise de (pn)(p_n) que deux choses : chaque terme est premier, et deux termes d’indices distincts sont distincts. Elle s’applique donc à toute suite injective de nombres premiers. L’hypothèse de caractéristique nulle est nécessaire : sur F2\mathbb F_2, la suite (0,1,1,1,… )(0,1,1,1,\dots) vérifie un+2=un+1u_{n+2}=u_{n+1}.

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